Yahyâ ibn al-Ḥasan ibn Ghālib ibn al-Ḥasan ibn ʿAmr ibn al-Ḥasan ibn al-Nuʿmān ibn al-Mundhir, connu sous le nom d’Ibn Zaṭînâ al-Baghdâdî, était le secrétaire du dîwân dans cette ville. Il se convertit à l’islam – alors qu’il était chrétien – et sa conversion fut excellente. Il comptait parmi les personnes les plus éloquentes et les plus efficaces dans leurs exhortations.
Il dit notamment : « La meilleure de tes heures est celle qui est purifiée pour Dieu (1) et dégagée de toute préoccupation pour un autre que Lui et de toute espérance en dehors de Lui (2). Tant que tu sers le sultan, ne te fie pas au temps. Retiens ta main, détourne ton regard, multiplie tes jours de jeûne, réduis ton sommeil : tu seras ainsi préservé. Remercie ton Seigneur, et ton sort sera louable. »
Il déclara également : « La provision du voyageur s’apprête avant son départ (3). Prépare donc la tienne afin d’atteindre, au Jour du Retour, la destination convoitée. »
Et il dit encore : « Combien de temps prolongeras-tu ton insouciance comme si tu étais à l’abri des conséquences du délai accordé ? Le temps des divertissements est déjà passé, et l’âge de la jeunesse s’est enfui, sans que tu aies obtenu de ton Seigneur la certitude d’être agréé. Maintenant, tu es parvenu à l’âge de l’affaiblissement et à l’époque de la paresse, sans rien avoir récolté de concret. »
Il poursuivit : « Ton âme se soumet, mais tes yeux ne pleurent pas et ton cœur ne s’humilie pas, tandis que ta personne se montre avide. Tu te fais du tort à toi-même tout en t’en affligeant, tu affectes de mépriser la vie d’ici-bas alors que tu la convoites (4). Tu recherches ce qui ne t’appartient pas en droit, tout en ne t’acquittant pas de ce qui t’incombe de droit (6). Tu vises la faveur de ton Seigneur, mais tu refuses le moindre secours à autrui (5). Tu critiques ton âme incitatrice (7) tout en ne renonçant pas à tes divertissements, tu éveilles les inattentifs par tes avertissements mais tu feins de dormir en ce qui te concerne et tu t’endors (8). Tu réserves le bien à autrui alors que toi-même, misérable, n’en bénéficies pas. Tu rôdes autour de la vérité alors que tu es passionné de fausseté (9). Tu trébuches dans les passages étroits, alors que les voies du salut sont largement ouvertes (10). Tu t’empresses de commettre des péchés et tu intercèdes pour les coupables ; [tu te tournes vers la Demeure de la sécurité tandis que tu es terrifié par la ruine – tu t’acharnes à accroître ton profit alors que ton bilan est déposé aux mains d’un autre]. Tu proclames que le peu te suffit, pourtant tu ne te rassasies pas même avec beaucoup. Tu construis la demeure périssable, tandis que ta demeure éternelle reste en ruines. Tu t’installes dans un lieu de passage comme si tu ne devais jamais retourner à ton Seigneur. Tu penses que nul ne t’observe, alors que tes actes sont présentés au Vigilant. Tu avances vers les péchés majeurs en prétendant éviter les moindres, et tu ambitionnes le pardon alors que… »