Selon sa nature (1) et selon ce que lui dictait sa raison, même s’il était polythéiste et adorait à côté de Dieu une autre divinité, il tua un nombre de créatures dont seul le Créateur connaît le chiffre. Cependant, l’initiative (2) revint à Khwarizm Shah. En effet, lorsque Gengis Khan envoya de son côté des marchands porteurs de nombreux biens depuis son pays jusqu’en Iran, ils furent mis à mort par le représentant de Khwarizm Shah, qui était le père de l’épouse de Kachli Khan, et il s’empara de tout ce qu’ils possédaient. Gengis Khan écrivit alors à Khwarizm Shah pour lui demander (3) si cet acte avait été commis avec son consentement ou s’il l’ignorait (4). Celui-ci le nia, et dans sa réponse, il déclara : « Il est de notoriété, parmi les rois, qu’on ne tue pas les marchands, car ils contribuent à la prospérité des contrées et apportent aux rois des présents (5) et des objets précieux. De plus, ces marchands étaient de ta religion, et c’est ton représentant qui les a tués. Si c’est là un ordre que tu as donné, nous exigerons (6) réparation pour leur sang ; sinon, si tu t’en désolidarises, punis donc ton représentant. »
Lorsque Khwarizm Shah entendit l’émissaire de Gengis Khan, il ne trouva pas d’autre réponse que d’ordonner qu’on lui tranchât la tête (7), agissant ainsi de manière irréfléchie. Il était déjà sénile et avancé en âge. Il est rapporté une tradition prophétique disant : « Laissez les Turcs en paix tant qu’ils vous laissent en paix » (8). Lorsque Gengis Khan apprit la nouvelle, il se prépara à le combattre et à s’emparer de ses terres. Ainsi, par la volonté de Dieu le Très-Haut, il arriva ce qui arriva, des événements dont on n’avait jamais entendu pareille singularité ni pareille horreur.
Al-Juwaynî raconte qu’un paysan lui présenta un jour, après être parti chasser (9), trois melons ; or, il se trouva qu’aucun intendant (khazindâr) n’était alors présent auprès de Gengis Khan. Ce dernier s’adressa alors à son épouse, la khâtûn : « Donne-lui ces deux boucles d’oreilles que tu portes, qui contiennent deux pierres précieuses de très grande valeur. » Mais la femme s’en montra avare et rétorqua : « Attends jusqu’à demain (10). » Gengis Khan répliqua : « Il passerait la nuit le cœur troublé, et peut-être ne recevra-t-il rien plus tard. De plus, personne ne pourra, s’il achète ces boucles, les porter ailleurs sans te les rapporter (11). »