Beaucoup (1) des compagnons d’Ouzbek Khan se mirent alors à converger vers lui et à venir le rencontrer. Il les honorait et leur faisait des largesses, si bien que son autorité s’affermit et que ses troupes se multiplièrent (2). Par la suite, il combattit Ouzbek Khan, le vainquit et le tua, puis s’empara de son domaine et de sa royauté, en s’adjoignant ses hommes et ses équipements. Son pouvoir grandit, sa renommée se propagea au loin, et les tribus turques de tout le pays de Tmughaj se soumirent à lui, au point qu’il partait en campagne avec près de huit cents mille combattants. La plus importante (3) des tribus était la sienne, appelée Qiyân (4). Après celle-ci, les deux grandes tribus numériquement considérables les plus proches de lui étaient Azân et Qanqûrân (5). Il consacrait trois (6) mois de l’année à la chasse, et réservait le reste à la guerre et à l’exercice du pouvoir.
Al-Juwaynî rapporte qu’il formait un grand cercle, si vaste qu’entre ses deux extrémités, il fallait trois mois de marche [pour en parcourir la circonférence]. Lorsque ce cercle se rétrécissait, il s’y rassemblait d’innombrables animaux de toutes sortes. Puis la guerre éclata entre lui et le roi Jalâl ad-Dîn Khwârazm Shâh (7), souverain du Khorâsân, de l’Irak, de l’Azerbaïdjan, et d’autres contrées et royaumes (8). Gengis Khan le vainquit, le brisa, le domina, le dépouilla, et s’empara de l’ensemble de ses terres, aidé de ses fils, en un temps très court, comme nous l’avons relaté dans les événements.
Le début de la royauté de Gengis Khan eut lieu en l’an cinq cent quatre-vingt-dix-neuf de l’Hégire. Il combattit Khwârazm Shâh aux environs de l’an six cent seize, et Khwârazm Shâh mourut en l’an six cent dix-sept, comme nous l’avons mentionné. Gengis Khan s’empara alors des royaumes sans rencontrer d’adversaire ni de résistance. Il mourut en l’an six cent vingt-quatre, et on le plaça dans un cercueil de fer, enchaîné et suspendu entre deux montagnes.
Quant à son code appelé al-Yâsâ (9), il est rédigé en deux volumes avec une écriture massive, qu’on fait porter sur un chameau [tenu en grande estime] parmi eux. Certains (10) rapportent qu’il gravissait une montagne et en redescendait, puis recommençait cela maintes fois jusqu’à l’épuisement et jusqu’à perdre connaissance. Il ordonnait alors à ceux qui l’accompagnaient d’écrire ce qui s’exprimait sur sa langue à ce moment-là. Si les choses se sont réellement passées ainsi, il est probable que ce fût la parole du diable qui se formulait alors par sa bouche.
Al-Juwaynî relate aussi qu’un de leurs dévots montait dans les montagnes par un froid glacial afin de s’y adonner à l’adoration, et il entendit une voix lui dire : « Nous avons… »