Parmi ceux qui moururent cette année parmi les notables figure Gengis Khan (1), le sultan suprême chez les Tatars, père de leurs rois actuels auxquels ils se rattachent. Quiconque exalte le qa’an vise en réalité ce (2) souverain. C’est lui qui instaura pour eux la « yâsâ » (3) à laquelle ils se réfèrent pour rendre la justice, et selon laquelle ils jugent. La plupart de ses dispositions contredisent les lois divines et les Livres révélés par Dieu le Très-Haut ; c’est un ensemble de règles qu’il a élaborées de son propre chef, et ils l’ont suivi. Quant à sa mère, elle prétendait l’avoir conçu (4) à partir d’un rayon de soleil ; ainsi, on ne lui connaît pas de père, et il est manifeste qu’il était de filiation inconnue. J’ai vu un volume rédigé par le vizir ‘Alā’ ad-Dīn al-Juwaynī à Bagdad où il relate la biographie de Gengis Khan et énumère ses qualités, notamment (5) son sens (6) de la politique, sa générosité, son courage, la bonne administration du royaume et de ses sujets, ainsi que ses entreprises militaires (7).
Il y est rapporté qu’au début de son parcours, il était très proche du roi Özbeg Khan, alors qu’il n’était qu’un jeune homme de belle apparence. Il s’appelait d’abord Temürjī (8). Puis, lorsqu’il acquit une grande renommée, il prit le nom de Gengis Khan. Ce roi l’avait alors honoré et élevé au rang de favori. Cependant, les grands du royaume, jaloux de lui, le calomnièrent devant Özbeg Khan jusqu’à ce qu’ils le montent contre lui. Malgré cela, le roi ne le mit pas à mort et ne trouva pas de prétexte légal pour le punir. À ce moment-là, deux jeunes serviteurs (mamlouks) provoquèrent la colère du roi et s’enfuirent, cherchant refuge auprès de Gengis Khan, qui les combla (9) d’honneur et de bienfaits. Ils l’informèrent de l’intention du roi Özbeg Khan de le tuer (10). Gengis Khan se mit alors sur ses gardes, se détacha de lui et de sa dynastie, et des (11) groupes de Tatars se rallièrent à sa cause.