Il était l’un des fils des Turcs et devint l’un des maîtres parmi les savants de l’école [hanafite]. Il avait une foi solide et composait une poésie d’une grande finesse. On cite de lui les vers suivants (mètre as-sarîʿ) :
«Quiconque prétend posséder un état qui… le fait sortir de la voie de la Loi,
Ne sois pas son compagnon… car il est nuisible (1) et ne procure aucun profit.»
Il mourut à Mossoul le vingt-six Jumâdâ al-Âkhirah de cette année, à l’âge d’environ quatre-vingts ans.
Yâqût – que l’on nommait aussi Yaʿqûb ibn ʿAbd Allâh (2), Najîb ad-Dîn, qui fut l’intendant du shaykh Tâj ad-Dîn al-Kindî – reçut en legs (3) les livres conservés dans la bibliothèque située dans l’angle nord-est de la Grande Mosquée de Damas. Il s’agissait de sept cent soixante et un (4) volumes. Ceux-ci passèrent ensuite à son fils, puis aux savants, mais ces ouvrages disparurent peu à peu et la plupart furent vendus (5). Yâqût possédait une érudition, une aisance littéraire et un talent poétique remarquables. Il mourut à Bagdad au début du mois de Rajab et fut enterré au cimetière d’al-Khayzurân, près du sanctuaire d’Abû Hanîfa.
[Puis arriva l’année 624]
Cette année-là, les habitants ordinaires de Tiflis firent appel aux Géorgiens, qui vinrent jusqu’à eux et entrèrent dans la ville. Ils massacrèrent aussi bien le menu peuple que les notables, pillèrent, réduisirent en esclavage, détruisirent et incendièrent, avant de se retirer en triomphe. Lorsque Jalâl ad-Dîn en eut vent, il marcha rapidement pour les atteindre mais ne put les rattraper.
La même année, les Ismaéliens tuèrent un grand émir, représentant de Jalâl ad-Dîn ibn Khwârazm Shâh. Jalâl ad-Dîn se rendit alors dans leurs contrées, en extermina un grand nombre, ravagea leur cité, réduisit en esclavage leurs familles et s’empara de leurs biens. Ils avaient été – qu’Allâh les maudisse – parmi les plus grands soutiens offerts aux Tatars contre les musulmans lors de l’invasion. Ils s’étaient même montrés plus nuisibles aux populations que ne l’étaient les Tatars.
Cela se passa durant la même année : Jalâl ad-Dîn rencontra en bataille un grand contingent (6) de Tatars. Il les mit en déroute, en tua et en captura un grand nombre, et les poursuivit des jours durant (7).