Elle fut alors conduite auprès du gouverneur qualifié d’« al-Muʿtamad », qui l’interrogea. Elle lui raconta donc son histoire, ce qu’il trouva à son goût ; il la libéra et la combla de bienfaits (1).
As-Sibt (2) relate : « Un jour, alors que je sortais par la porte al-Faraj (3), je vis un homme qui portait un tambour, tout en étant ivre. Je donnai l’ordre qu’il reçoive le châtiment légal, et j’ordonnai qu’on brise le tambour. Or l’on y trouva une grande jarre de vin (4), qu’ils éventrèrent. » À cette époque, al-ʿAdil avait interdit toute fabrication de vin et son transport jusqu’à Damas, sous quelque forme que ce soit. Les gens recouraient alors à toutes sortes de ruses et de stratagèmes pour contourner cette interdiction. As-Sibt (5) poursuit : « Je lui demandai : “Comment as-tu su qu’il y avait quelque chose dans le tambour ?” Il répondit : “En le voyant marcher, ses jambes tremblaient (6). J’ai alors compris qu’il portait une lourde charge dans ce tambour.” »
Il eut bien d’autres anecdotes surprenantes de ce genre. Plus tard, al-Muʿaẓẓam le démit de ses fonctions, nourrissant à son égard un ressentiment personnel, et l’emprisonna dans la citadelle pendant près de cinq ans. On proclama dans la ville un appel à témoigner contre lui, mais personne ne vint déclarer qu’il lui eût soutiré ne serait-ce qu’un grain de moutarde. Lorsqu’il mourut (qu’Allâh lui fasse miséricorde), on l’enterra dans la tombe (7) qu’il s’était préparée, voisine de l’école d’Abû ʿUmar, dans la partie de la ville située au sud du marché. Près de sa tombe se trouve une mosquée qui porte son nom (qu’Allâh lui fasse miséricorde).
Celui qui dota la Šibliyya (la fondation portant ce nom) sur la route de Ṣāliḥiyya (8) est Šibl ad-Dawla Kāfūr al-Ḥassāmī, ainsi nommé d’après Ḥusām ad-Dīn Muḥammad ibn Lājīn, le père de Sitt aš-Šām (9). C’est lui qui fut pressé de construire aš-Šāmiyya al-Barāniyya pour sa maîtresse Sitt aš-Šām, et il édifia également la Šibliyya dédiée aux Hanafites ainsi qu’une ḫānaqāh pour les soufis à ses côtés. Cette demeure était la sienne. Il légua (10) le canal, l’atelier (maṣnaʿ) et le sabāṭ, et il ouvrit au public une voie menant depuis le cimetière, à l’ouest de aš-Šāmiyya al-Barāniyya, jusqu’au chemin de ʿAyn al-Karš (11). Auparavant, il n’existait aucun passage pour gravir la montagne en ce lieu ; on empruntait alors celui qui passait par la mosquée al-Ṣafī dans le quartier d’al-ʿUqayba. C’est là qu’il mourut