Il fut rapporté qu’il avait abattu une brebis dans leur contrée et qu’il en trouva la viande amère, jusqu’à la tête et aux pieds. [Et parmi les notables décédés cette année-là] après le calife al-Ẓāhir, comme il a été mentionné précédemment, figure al-Jamāl al-Miṣrī (1) :
Yūnus ibn Bad’rān ibn Fayrūz Jamāl al-Dīn al-Miṣrī, qui occupait alors la fonction de Qāḍī al-Quḍāt [à Damas]. Il étudia, acquit de solides connaissances et excella. Il abrégea le livre “al-Umm” de l’imam al-Shāfiʿī et rédigea un « ouvrage détaillé sur les lois d’héritage ». Il fut chargé d’enseigner à l’école al-Amīniyya après Taqī Ṣāliḥ al-Ḍarīr (2), lequel s’était donné la mort. Le ministre Ṣafī al-Dīn ibn Shukr le nomma à ce poste et prit grand soin de ses affaires. Il fut ensuite investi de la direction du Bayt al-Māl à Damas [et il fut dépêché auprès des rois et califes de la part du souverain de Damas. Par la suite, al-Muʿaẓẓam le désigna Qāḍī al-Quḍāt à Damas] (3), après la destitution d’al-Zakī ibn al-Zakī. Il lui confia également la direction de l’enseignement à l’al-ʿĀdiliyya al-Kubrā, aussitôt sa construction achevée, devenant ainsi le premier à y dispenser des cours en présence des notables (4), comme nous l’avons évoqué. Il commençait alors par un cours d’exégèse (tafsīr) jusqu’à en achever l’intégralité, puis il dispensait un cours de fiqh après le tafsīr [et il mourut peu de temps après].
Il attachait une grande importance à l’authentification des actes (sijillāt) de manière exemplaire : il siégeait chaque vendredi matin et chaque mardi dans l’īwān de l’al-ʿĀdiliyya, où il convoquait tous les témoins de la ville. Quiconque souhaitait officialiser un document se présentait, faisait venir ses témoins, ceux-ci témoignaient devant le juge, et l’enregistrement était aussitôt validé. Il siégeait également chaque vendredi après la prière de l’ʿaṣr près de la « fenêtre al-Kamāl » (shubbāk al-kamāl) au Mashhad ʿUthmān pour rendre des jugements jusqu’à la prière du maghrib, et parfois il restait jusqu’à celle de lʿishāʾ. Il discutait beaucoup de sciences, étudiait de manière assidue et suivait une méthode louable, sans que l’on puisse lui reprocher d’avoir accepté quoi que ce fût de quiconque.
Abū Shāma (5) déclara que certains lui reprochaient seulement d’avoir conseillé à certains héritiers de transiger avec le Bayt al-Māl et d’avoir désigné son fils, al-Tāj Muḥammad, comme suppléant, alors que celui-ci n’était pas irréprochable dans sa conduite. Quant à lui, il était resté chaste, intègre et imposant. Abū Shāma (6) ajouta qu’il prétendait être un Qurayshite de la branche des Banū Shayba, ce qui fit jaser les gens à son sujet. Après son décès, la fonction judiciaire fut confiée à Shams al-Dīn Aḥmad ibn al-Khalīl al-Khūyī (7).