Il fut l’un des plus éminents émirs (1) d’Alep. Il donnait beaucoup d’aumônes et y fonda deux madrasas, l’une pour les chaféites et l’autre pour les hanafites. Il construisit des khâns (caravansérails), des ponts, ainsi que d’autres œuvres de bienfaisance, et il participa [aux campagnes] militaires (qu’Allah lui fasse miséricorde).
Cheikh ‘Alî al-Kurdî (2), appelé « al-muwallah » (le possédé ou le déconcerté), résidait en dehors de la porte de Bâb al-Jâbiyya. Abû Shâma (3) raconte : « Les avis ont divergé à son sujet. Certains habitants de Damas affirment qu’il était doté de karâmât (miracles), tandis que d’autres le rejettent, disant qu’on ne l’a jamais vu prier ni jeûner, ni porter de chaussures. Au contraire, il marchait sur les impuretés [et entrait dans la mosquée dans cet état] (5). D’autres encore ont avancé qu’il avait un “compagnon” parmi les djinns, qui parlait par sa bouche. »
As-Sibt (6) rapporte l’histoire d’une femme qui dit : « J’ai reçu la nouvelle du décès de ma mère à Lattaquié : on m’a annoncé sa mort, mais on m’a aussi dit qu’elle n’était pas morte. En passant près de lui, alors qu’il était assis près des tombes, je me suis arrêtée. Il leva la tête vers moi et me dit (7) : “Elle est bien morte, elle est morte. Qu’y peux-tu ?” Les évènements confirmèrent ses dires. »
Et ‘Abd Allâh, mon compagnon (8), me raconta : « Un jour, j’avais faim et je n’avais rien sur moi. Je suis passé près de lui et il m’a tendu un demi-dirham en disant : “Ceci te suffira pour du pain et pour le tremper dans du sirop de dattes.” »
Il ajouta : « Un jour, il croisa le prédicateur Jamâl ad-Dîn ad-Dawla‘î (11), qui lui dit (12) : “Ô Cheikh ‘Alî ! J’ai mangé ce matin quelques morceaux de pain sec et bu de l’eau, et cela m’a suffi.” Le Cheikh ‘Alî al-Kurdî lui répondit : “Ton âme ne désire-t-elle rien d’autre que cela ?” Il répondit : “Non.” Le Cheikh reprit : “Pauvre de toi ! Celui qui se contente d’une simple croûte de pain sèche reste enfermé dans cette petite pièce (15), sans même accomplir ce qu’Allah lui a prescrit, à savoir le pèlerinage.” »