Le juge (1) ordonna que quiconque attestait (2) d’un droit par une voie légale devait s’en voir attribuer la jouissance sans autre recours. Il désigna un homme pieux pour superviser les biens publics (3).
Il confia la charge de la magistrature au grand savant, le shaykh ‘Imâd al-Dîn Abû Sâlih Naṣr ibn ‘Abd al-Razzâq ibn le shaykh ‘Abd al-Qâdir al-Jîlî (4), le mercredi huitième jour de Dhû al-Ḥijja. Ce dernier (5) comptait parmi les meilleurs des musulmans (6) et parmi les juges équitables. Lorsque le poste de juge lui fut proposé, il ne l’accepta qu’à la condition de faire hériter les membres de la parenté. Il déclara alors : « Donne à chacun son dû, crains Dieu et ne crains rien d’autre que Lui. »
C’était la coutume de son père que, chaque matin (7), les gardiens des chemins lui rapportent tout ce qui s’était passé dans les quartiers, qu’il s’agisse de bonnes ou de mauvaises réunions. Lorsque al-Ẓâhir accéda au pouvoir, il ordonna de cesser toute cette surveillance et déclara : « Quel intérêt y a-t-il à dévoiler les affaires des gens et à déchirer leurs voiles ? » On lui objecta que cesser cette pratique corromprait les administrés, et il répondit : « Nous invoquons Dieu pour qu’Il les améliore. »
Il libéra tous ceux qui étaient détenus en prison pour des sommes dues au Trésor public, et leur restitua ce qui leur avait auparavant été extorqué de façon injuste. Il envoya également au juge dix mille dinars afin de s’acquitter des dettes de ceux qui se trouvaient dans ses geôles pour insolvabilité (8), ceux qui n’avaient pas de quoi rembourser. Il distribua parmi les savants le reste de la somme de cent mille. Certains le blâmèrent pour ces agissements, et il répondit : « Ce n’est qu’après la prière de ‘Aṣr que j’ai ouvert la boutique. Laissez-moi donc accomplir de bonnes œuvres et faire le bien, car combien de temps me reste-t-il à vivre ? »
Il garda cette conduite jusqu’à son décès l’année suivante, comme nous le verrons. Les prix redevinrent abordables au cours de son règne, alors qu’auparavant (9) la cherté était extrême. Ibn al-Athîr (10) rapporte même que, dans les contrées de la Jazîra et de Mossoul, on en était venu à manger des chiens et des chats (11). Mais tout cela cessa, louange à Dieu. Quant à ce calife, al-Ẓâhir (12), il avait un physique agréable, un visage charmant, la peau blanche légèrement rosée (13), un caractère plaisant et des forces considérables.