Il naquit à Bagdad le dixième jour du mois de Rajab de l’an 553, et on lui prêta allégeance pour le califat après la mort de son père en l’an 575. Il mourut cette même année, à l’âge de soixante-neuf ans, deux mois et vingt jours. Son califat dura quarante-sept ans moins un mois ; nul calife abbasside avant lui ne régna aussi longtemps, et nul calife ne demeura plus longtemps au pouvoir que l’al-Mustanṣir al-ʿUbaydī, qui gouverna l’Égypte pendant soixante ans. Quatorze califes figuraient dans son ascendance, et il fut, d’après ce que j’ai constaté, investi du statut d’héritier (1). Tous les autres califes abbassides étaient ses oncles ou ses cousins.
Sa maladie, qui dura longtemps, consistait surtout en une difficulté à uriner, bien qu’on lui apportât de l’eau de plusieurs étapes de Bagdad pour qu’elle fût plus pure. Son organe fut incisé plusieurs fois pour cette raison, sans que ces précautions ne le préservassent de quoi que ce fût.
Celui qui se chargea de le laver fut Muḥyī al-Dīn, fils du shaykh Abū al-Faraj Ibn al-Jawzī ; il fit la prière funèbre sur lui, puis il fut enterré dans la demeure du califat. Par la suite, on le transféra dans les tombes de la Ruṣāfa le deuxième jour de Dhū al-Ḥijja de cette même année, ce qui fut un jour mémorable.
Ibn al-Sāʿī déclare : « Quant à sa conduite, elle a été expliquée dans les récits des événements. »
Quant à Ibn al-Athīr, dans son “Kāmil” (2), il dit : « Al-Nāṣir li-Dīn Allāh resta trois années sans aucun mouvement, privé de toute faculté de se mouvoir. Il perdit un œil et ne voyait que faiblement de l’autre. Finalement, il fut atteint de dysenterie pendant vingt jours et mourut. Plusieurs vizirs se succédèrent sous son règne (3), et l’on en a déjà parlé. Durant sa maladie, il ne renonça pas aux mesures iniques qu’il avait instaurées. Il fut de mauvaise conduite envers ses sujets et se montra injuste à leur égard, ravageant l’Irak sous son règne, dispersant ses habitants dans divers pays, tout en s’emparant de leurs biens et de leurs propriétés. Il se contredisait souvent, ainsi lorsqu’il fit construire des maisons (4) pour permettre de rompre le jeûne durant le Ramadan et des maisons (5) pour l’hébergement des pèlerins, puis les supprima. Il abolit certains impôts avant de les rétablir et consacrait l’essentiel de ses efforts au tir à la fronde, à pourchasser les oiseaux, à des exercices de tir, et aux pantalons (6) de la futuwwa. »
Ibn al-Athīr poursuit : « Si les dires attribués par les Persans à son égard sont véridiques, à savoir qu’il aurait donné aux Tatars l’idée de s’emparer du pays et qu’il les aurait contactés, alors son acte représente la plus grande calamité, une faute si lourde que tout autre péché, si grave soit-il, paraît moindre en comparaison. »
Et j’ajoute : « On a rapporté de lui des choses étranges, dont le fait qu’il aurait dit aux émissaires venant à lui : “Vous avez agi en tel lieu…” »