Son esprit fut troublé par la lettre que lui adressa al-Muʿaẓẓam, lequel encourageait sa dissidence. Il se rendit alors auprès de lui et l’assiégea à Khilât. La ville se soumit, tandis que son frère se retrancha dans la citadelle. Or, lorsque la nuit tomba, il descendit vers son frère pour lui présenter ses excuses. Celui-ci les accepta et ne le punit pas ; il le maintint plutôt à la tête de Mayyâfâriqîn uniquement.
Le seigneur d’Irbil et al-Muʿaẓẓam s’étaient ligués avec ash-Shihâb Ghâzî contre al-Ashraf. Alors, al-Kâmil écrivit à son frère al-Muʿaẓẓam pour le menacer : s’il soutenait al-Ashraf, il s’emparerait de lui et de son royaume. De son côté, Badr ad-Dîn Luʾluʾ, souverain de Mossoul, se tenait aux côtés d’al-Ashraf. Le seigneur d’Irbil marcha donc contre lui et l’assiégea, car la troupe de Badr ad-Dîn Luʾluʾ était réduite : il avait envoyé ses soldats à al-Ashraf lorsque celui-ci entama le siège de Khilât. Mais quand les choses prirent la tournure que nous avons décrite, le seigneur d’Irbil regretta son geste, tout comme al-Muʿaẓẓam à Damas.
Cette même année, al-Muʿaẓẓam dépêcha son fils an-Nâṣir Dâwud auprès du seigneur d’Irbil pour le renforcer dans son hostilité à al-Ashraf. Il envoya par ailleurs un soufi originaire de la région d’as-Sumaysâṭ, nommé al-Mallaq, à Jalâl ad-Dîn ibn Khwârazm Shâh — qui s’était emparé de l’Azerbaïdjan cette année-là et s’en trouvait renforcé — pour que tous deux s’accordent à combattre son frère al-Ashraf. Jalâl ad-Dîn promit alors son soutien et ses subsides.
Toujours cette année-là, le roi al-Malik al-Masʿûd Aqsis, souverain du Yémen, arriva auprès de son père, al-Kâmil, en Égypte, chargé de nombreux présents et offrandes : deux cents serviteurs, trois éléphants gigantesques et des cargaisons de bois de santal, d’encens, de musc et d’ambre. Al-Kâmil sortit à sa rencontre. Or, Aqsis entendait arracher la Syrie (ash-Shâm) à l’emprise de quiconque la soutenait en faveur d’al-Muʿaẓẓam.
Au cours de la même année encore, la construction de la Dâr al-Ḥadîth al-Kâmiliyya fut achevée au Caire. On en confia la direction au ḥâfiẓ Abû al-Khaṭṭâb Ibn Diḥya al-Kalbî, un homme prolifique, très versé dans de nombreux domaines, et détenant de précieuses informations et curiosités. Qu’Allah lui fasse miséricorde.
Parmi les notables décédés cette année figura également Aḥmad ibn Muḥammad ibn ʿAlî al-Qâdisî, le hanbalite aveugle, père de l’auteur du « Supplément » à l’Histoire d’Ibn al-Jawzî.