Il exerça des fonctions à la Nizâmiyya pendant un temps et s’y consacra (1). C’était un homme vertueux et pieux. Parmi les vers qu’il a récités (2), on trouve :
[Sur le mètre al-kâmil]
« Les deux étoiles (Farqadân) ont toutes deux attesté ses tourments
Et la pleine lune, en sa nuit de plénitude, a été témoin de ses veilles.
Souffrant, quand l’obscurité se répand, le feu de la passion s’embrase
Dans sa poitrine et son cœur.
Alors les larmes de ses paupières ruissellent sur sa joue
Comme un torrent coulant depuis ses méandres.
Je n’ai jamais vu quelqu’un languir à ce point de nostalgie
Pour celui qui l’éprouve, le corps affaibli par la distance.
Ah, si seulement celui dont la magie du regard l’a consumé,
Avant la mort, lui rendait visite ! »
Il s’agit d’Abû Tâlib Yahyâ ibn ‘Alî al-Ba‘qûbî (4), docte shaféite qui enseignait (5) à Bagdad (6). C’était un vieil homme à la belle chevelure blanche et au visage agréable. Il supervisait également certains biens de waqf (fondations pieuses).
Parmi les vers qu’il a récités, attribués à l’un des hommes de mérite, on trouve (sur le mètre al-wâfir) :
« Porter Tihâma, les monts de Uhud
Et transporter l’eau de la mer dans un panier,
Ou encore soulever les pierres à nu sur son dos,
Est chose plus aisée que de se trouver en compagnie d’un pesant. »
D’après un autre, qu’il cite également (8) :
« Quand un homme franchit cinquante années de sa vie (9)
Sans jamais pencher vers la piété,
Alors les choses infamantes s’attachent à lui pour dire :
“Tu as fait alliance avec nous, reste donc ainsi et ne t’en va plus.”
Et lorsque Satan aperçoit la clarté de son visage,
Il le salue en disant : “Je me sacrifierais bien pour celui qui n’aura jamais le succès.” »