Ils attaquèrent ses habitants (1), pillèrent ce qui s’y trouvait et prirent en captivité leurs enfants. Puis ils s’approchèrent de Bagdad, ce qui alarma le calife (2). Celui-ci fit donc fortifier la ville, mobilisa ses troupes et exhorta la population à intensifier leurs prières et leurs invocations (3).
La même année, ils défirent les Kurj et les Lān, puis combattirent les Qifjaq (4) et les vainquirent, de même que les Russes. Ils s’emparèrent de tout ce qu’ils pouvaient de leurs biens et réduisirent leurs enfants en captivité (5).
Et cette année-là encore, al-Muʿaẓẓam se rendit auprès de son frère al-Ashraf pour plaider la cause de leur frère al-Kāmil. Al-Ashraf nourrissait à son égard quelque ressentiment, mais al-Muʿaẓẓam parvint à l’apaiser. Ils se mirent alors en route tous deux vers l’Égypte afin de soutenir al-Kāmil contre les Francs qui avaient déjà conquis le port de Damiette et affermi leur présence depuis l’an quatorze. À certains moments, il leur proposa de leur restituer Jérusalem ainsi que toutes les terres côtières conquises autrefois par Ṣalāḥ ad-Dīn (Saladin), à condition qu’ils renoncent à Damiette. Les Francs refusèrent et ne firent rien. Or, par la volonté de Dieu – exalté soit-Il –, ils vinrent à manquer de provisions. Quand des navires de ravitaillement leur arrivèrent, la flotte musulmane les captura, puis on déversa les eaux sur les terres de Damiette de toutes parts, si bien qu’ils ne purent plus se mouvoir (7). Les musulmans les assiégèrent depuis l’autre côté, les contraignant à se replier dans un espace très réduit. Ils se résignèrent alors à conclure la paix, sans exiger de contrepartie.
Leurs émissaires vinrent trouver al-Kāmil à un moment où se tenaient aussi ses deux frères, al-Muʿaẓẓam ʿĪsā et Mūsā al-Ashraf, debout devant lui. Ce fut un jour mémorable et fort louable. Le traité de paix fut donc ratifié selon la volonté d’al-Kāmil Muḥammad (que Dieu illumine son visage), en présence des rois francs et de toutes les troupes (8). Ensuite, il dressa une grande table de banquet, où se côtoyèrent croyants et mécréants, hommes pieux et injustes. Alors se leva Rājiḥ al-Ḥillī (9), le poète, qui récita (10) :
« Heniān fa-inna as-saʿda rāḥa mukhalladan… wa-qad anjaza ar-Raḥmānu bi-n-naṣri mawʿidā »
Traduction du vers : « À vous la réjouissance, car le bonheur est devenu immortel ; certes, le Miséricordieux a accompli Sa promesse de victoire. »