Les compagnons d’al-Hasan al-Basrî (1), puis ceux qui vinrent après lui parmi les pieux, que Dieu leur fasse à tous miséricorde (2). Lorsque vint le vendredi du dix de Dhou l-Hidja de cette année-là, le cheikh ‘Abd Allâh al-Yûnînî accomplit la prière du vendredi à la grande mosquée de Baalbek. Ce jour-là, il était entré au hammam avant la prière, alors qu’il était [en bonne santé] (3). Après être revenu de la prière (4), il s’adressa au cheikh Dâwud, le muezzin chargé de la toilette funéraire, en lui disant : « Regarde comment tu seras demain » (5). Puis le cheikh monta dans sa cellule et y passa la nuit à invoquer Dieu – Exalté soit-Il –, se rappelant ses compagnons et tous ceux qui lui avaient fait du bien, même pour la plus infime des choses, priant pour eux. Quand l’aube se leva, il pria avec ses compagnons, puis s’adossa pour invoquer Dieu, tenant son chapelet (6). Il mourut ainsi, toujours assis, sans tomber, et son chapelet ne quitta pas sa main. Lorsque la nouvelle parvint au roi al-Amjad, souverain de Baalbek, celui-ci vint le voir (7) et le trouva dans cet état. Il déclara alors : « Si nous élevions sur lui une construction (alors qu’il est) ainsi, les gens y verraient un signe ! » Mais on lui répondit : « Ceci n’est pas conforme à la Sunna » (8). On le déplaça, on le lava [on l’enveloppa] dans son linceul, on pria sur lui et on l’enterra sous l’amandier sous lequel il s’asseyait pour invoquer Dieu – Exalté soit-Il – (9). Le cheikh Muhammad al-Faqîh al-Yûnînî (10) comptait parmi ses disciples et se réfugiait auprès de lui. Il est l’ancêtre de ces maitres (mashâyikh) de la ville de Baalbek.
Abû ‘Abd Allâh al-Husayn ibn Muhammad ibn Abî Bakr ibn al-Mujallî al-Mawsilî, surnommé Ibn al-Juhanî, était un jeune homme de mérite, qui ocupa la fonction de rédacteur d’al-inshâ’ au service de Badr al-Dîn Lu’lu’, émir de Mossoul. De sa poésie, on retient ces vers :
[du mètre al-basît]
Mon âme est le prix de celui auquel j’ai pensé,
Alors que je me noyais dès l’aube dans l’océan de l’émerveillement.
Il apparaît comme la nuit, puis comme le matin, puis comme la lune,
Puis tel un rameau, puis tel un rêve, puis de si près !
[Puis arriva l’année 618 de l’Hégire]
Cette année-là, les Tatars (11) s’emparèrent de nombreuses contrées, comme Marâghah (12), Hamadhân, Ardabîl, Tabrîz et Kanjah, et ils massacrèrent