Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Le cheikh Abou al-Mouzaffar Sibt Ibn al-Jawzî (1) rapporta que le cadi Jamâl al-Dîn Ya‘qoub (2), juge à Bakrak (3), dans la Békaa, vit un jour le cheikh ‘Abd Allâh en train de faire ses ablutions à partir d’un récipient (thawr) près du Pont Blanc. Un chrétien passa alors, transportant une charge de vin sur une mule. L’animal trébucha près du pont et la charge tomba. Cet homme aperçut le cheikh, qui venait de terminer ses ablutions sans le connaître, et lui demanda de l’aide pour relever la charge. Le cheikh m’appela alors en disant : « Viens, ô juriste (faqîh), afin que nous l’aidions à recharger cette cargaison sur la bête. »

Le chrétien s’en alla, et je fus surpris de ce comportement. Je suivis alors la charge tout en me rendant en ville. Il l’emporta jusqu’à al-‘Uqayba (5) et la remit au marchand de vin qui s’y trouvait. Mais voilà que c’était du vinaigre. Le marchand s’exclama : « Malheur à toi ! Il s’agit de vinaigre. » Le chrétien répliqua : « Par Dieu, je sais bien de quelle source provient ce changement. » Il attacha ensuite la monture dans le khân, revint à al-Sâlihiyya, se renseigna sur le cheikh, le reconnut, alla à lui et se convertit à l’islam par son intermédiaire. Le cheikh avait en effet de nombreux états et des miracles innombrables.

Il ne se levait pour personne (7) qui entrait auprès de lui et disait : « Les hommes ne se lèvent que pour le Seigneur des mondes. » Quand al-Majd (8) venait le voir (9), il s’asseyait devant lui, et le cheikh lui adressait ces mots : « Ô Mujayyid (10), tu as fait ceci et cela », puis il lui ordonnait ce qu’il avait à ordonner et lui interdisait ce dont il devait l’écarter, et al-Majd se conformait entièrement à ses recommandations. Cela n’était dû qu’à la sincérité du cheikh dans son ascèse, sa piété et sa voie spirituelle. Il acceptait les aumônes (futûh), mais ne mettait jamais rien de côté (12) pour le lendemain. Quand la faim le tenaillait, il prenait quelques feuilles d’amandier, les émiettait, les avalait et buvait ensuite de l’eau fraîche (13). Dieu lui fasse miséricorde et honore sa demeure.

On rapporta également qu’il se rendait parfois en pèlerinage dans les airs certaines années. Cela est attesté pour nombre (14) d’ascètes et de dévots pieux, mais nous n’en avons pas entendu parler à propos des grands savants. Le premier dont on mentionne ce prodige est Habîb al-‘Ajamî (15). Il était parmi

(1) Mirʾāt al-Zamān (vol. 8, pp. 403-404). (2) Certaines copies portent « Ibn Yaʿqūb », ce qui est une erreur, comme le confirme le témoignage de al-Dhahabī dans sa copie de Subṭ. (3) Al-Kark : avec un rāʾ sakīn, et se termine par un kāf ; c'est un village à l'origine du Mont-Liban. Voir Maʿjam al-Buldān (vol. 4, p. 452). (4) Manuscrits A et B : fa-istaʿāna (il a demandé de l’aide). (5) T : al-ʿAqaba. Dans Mirʾāt al-Zamān, il s’agit d’al-ʿUtayba, tandis qu’al-ʿAqība est un quartier de la vieille Damas, à l’intérieur des anciennes murailles. (6) Manuscrits A et B : wa-ḥīk dhā khāl (expression d’étonnement). (7) Manuscrit B : wa-kāna lā yaqūm li-akhīhi dakhala ilayhi (il ne s’en levait pas pour son frère, il entra chez lui). (8) La traduction du roi al-Amjad figurera dans Wafayāt, année 628 de l’Hégire. (9) dakhala ilayhi (il entra chez lui). (10) Manuscrits A et B : yā Muḥammad. T : yā Amjad, ce qui constitue une altération ; la forme correcte est celle que nous avons établie, confirmée également dans Tariḫ al-Islām par al-Dhahabī d’après ce qui est rapporté de Subṭ Ibn al-Jawzī, car il l’appelle ainsi en diminutif par respect pour son rang (Bashshār). (11) Manuscrit A : wa-yaʾmuruhu bihi wa yanhāh (il lui ordonne cela et le lui interdit). (12) Manuscrit A : wa-kāna yaqbalu al-futūḥ wa-lā tudḫar minhu shayʾan li-ghad (il acceptait les conquêtes sans rien mettre de côté pour le lendemain). (13) T : wa-yashrab (et il boit). (14) T : li-ṭāʾifa kabīra (pour une grande foule). Cela est considéré par certains comme un miracle, mais cela comporte des exagérations sans preuve. (15) Ḥabīb ibn Muḥammad al-ʿAjmī Abū Muḥammad. Ibn ʿAsākir lui a consacré une notice biographique dans Tārīḫ Dimashq, édition Dār al-Fikr (vol. 12, pp. 45-61).
حكى الشيخ أبو المظفر سبط ابن الجوزي (١) عن القاضي جمال الدين يعقوب (٢) الحاكم بكرك (٣) البقاع أنه شاهد مرة الشيخَ عبد اللّه وهو يتوضَّأُ من ثورا عند الجسر الأبيض إِذ مرَّ نصرانيٌّ ومعه حملُ بغل خمرًا فعثرت الدابة عند الجسر فسقط الحمل فرأى الشيخ وقد فرغ من وضوئه ولا يعرفه، واستعان (٤) به على رفع الحمل فاستدعاني الشيخ فقال: تعال يا فقيه، فتساعدنا على تحميل ذلك الحمل على الدابة وذهب النصرانيُّ فتعجبتُ من ذلك وتبعتُ الحمل وأنا ذاهبٌ إِلى المدينة، فانتهى به إِلى العقيبة (٥) فأورده إِلى الخمار بها فإِذا [هو] خلٌّ فقال له الخَمّارُ: ويحك هذا (٦) خل، فقال النصراني أنا [واللّه] أعرف من أين أتيت، ثم ربط الدابة في الخان ورجع إِلى الصالحية فسأل عن الشيخ فعرفه فجاء إِليه فأسلم على يديه، وله أحوال وكرامات كثيرة جدًّا. وكان لا يقوم لأحد (٧) دخل عليه ويقول: إِنما يقوم الناس لرب العالمين، وكان المجد (٨) إِذا دخل عليه (٩) جلس بين يديه فيقول له: يا مُجَيْد (١٠) فعلت كذا وكذا ويأمره بما يأمره، وينهاه (١١) عما ينهاه عنه، وهو يمتثل جميع ما يقوله له، وما ذاك إِلا لصدقه في زهده وورعه وطريقه، وكان يقبل الفتوح، وكان لا يدَّخر منا (١٢) شيئًا لغد، وإِذا اشتد جوعه أخذ من ورق اللوز ففركه واستفَّه وشرب (١٣) فوقه الماء البارد، رحمه الله تعالى وأكرم مثواه. وذكروا أنه كان يحج في بعض السنين في الهواء، وقد وقع هذا لطائفة كثير (١٤) من الزهاد وصالحي العُبَّاد، ولم يبلغنا هذا عن أحد من أكابر العلماء، وأول من يذكر عنه هذا حبيب العجمي (١٥) ، وكان من
(١) مرآة الزمان (٨/ ٤٠٣ - ٤٠٤). (٢) وقع في بعض النسخ: "بن يعقوب" وهو خطأ، وما هنا يعضده ما نقل الذهبي بخطه عن السبط. (٣) الكرك: بسكون الراء، وآخره كاف: قرية في أصل جبل لبنان. معجم البلدان (٤/ ٤٥٢). (٤) أ، ب: فاستعان. (٥) ط: العقبة. وهي في مرآة الزمان: العتيبة، والعقيبة حي من أحياء دمشق القديمة داخل السور القديم. (٦) أ، ب: ويحك ذا خل. (٧) ب: وكان لا يقوم لأخيه دخل إِليه. (٨) سترد ترجمة الملك الأمجد في وفيات سنة ٦٢٨ هـ. (٩) دخل إِليه. (١٠) أ، ب: يا محمد. ط: يا أمجد، وكله تحريف، والصواب ما أثبتنا، وهو كذلك بخط الذهبي في تاريخ الإسلام فيما نقل عن سبط ابن الجوزي، وإِنما يناديه كذلك تصغيرًا لشأنه (بشار). (١١) أ: ويأمره به وينهاه. (١٢) أ: وكان يقبل الفتوح ولا تدخر منه شيئًا لغد. (١٣) ط: ويشرب. (١٤) ط: لطائفة كبيرة، وهذا من الكرامات بظن بعضهم، وفيه مبالغات لا دليل عليها. (١٥) حبيب بن محمد العجمي أبو محمد. ترجم له ابن عساكر في تاريخ دمشق - طبعة دار الفكر (١٢/ ٤٥ - ٦١).

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