Le seigneur d’Āmid (1) fut le roi vertueux Nāṣir ad-Dīn Maḥmūd ibn Muḥammad ibn Qarā Arslān ibn Artuq (2). Il était courageux et aimait les savants. Il accompagnait al-Ashraf Mūsā ibn al-ʿĀdil et se rendit à son service à plusieurs reprises. Son fils al-Masʿūd (3) régna après lui ; or, celui-ci était avare et dépravé. Al-Kāmil [d’Āmid] (4) le captura et l’emprisonna en Égypte, puis le libéra, confisqua ses biens et il partit alors vers les Tatars, entre les mains desquels il fut de nouveau saisi (5).
Quant au shaykh ʿAbd Allāh al-Yūnīnī (6), surnommé « Asad ash-Shām » (le Lion de Syrie) – qu’Allāh lui accorde Sa miséricorde et Sa satisfaction – [il s’agit de ʿAbd Allāh ibn ʿUthmān ibn Jaʿfar] (7), il venait d’un village de Baalbek appelé Yūnīn (8). Il possédait une zāwiya [à Baalbek] où les gens se rendaient en visite. Il comptait parmi les grands hommes de bien, réputé pour sa piété, son ascétisme, son zèle dans l’observance du bien et la prohibition du mal. Son ardeur en matière de détachement et de piété était telle qu’il ne possédait rien, ne détenait ni argent ni vêtements, et ne portait que des habits empruntés. Il ne dépassait pas une seule chemise en été et portait en hiver une fourrure par-dessus. Sur sa tête, il arborait un bonnet fait de peaux de chèvres, ses cheveux restant visibles.
Il ne manquait jamais de prendre part aux campagnes militaires et maniait un arc pesant quatre-vingts livres. Parfois, il se retirait dans le Mont Liban et, durant l’hiver, se rendait aux sources d’al-Fasriyya (9), situées au pied de la montagne dominant le village de Dūma à l’est de Damas, en raison de la chaleur de l’eau. Les gens venaient alors le visiter (10). Il arrivait aussi qu’il vienne à Damas et qu’il s’installe au pied du mont Qāsiyūn, auprès des Maqādisa (11). Il jouissait de hauts états spirituels et de révélations sincères, et on l’appelait Asad ash-Shām.