Muṭāʿin ibn ʿAbd al-Karīm al-ʿAlawī al-Ḥasanī al-Zaydī fut investi de l’émirat de La Mecque [après son père] (1). Il mourut au mois de Jumādā al-Awwal de cette année. À ce moment-là, Rājiḥ, l’aîné des fils de Qatāda, lui disputa cette autorité, déclarant : « Personne d’autre que moi ne doit gouverner La Mecque. » Une sédition éclata alors et conduisit, par erreur, au meurtre d’Āqbāsh.
Qatāda était l’un des plus illustres notables parmi les sharifs ḥasanites zaydites. Il fut juste, équitable et généreux, constituant un châtiment pour les esclaves de La Mecque et pour ceux qui y semaient la corruption. Par la suite, cependant, il changea de conduite, se montra injuste, instaura de nouveaux impôts et pilla à plusieurs reprises les pèlerins. Dieu donna dès lors à son fils Ḥasan le pouvoir de se retourner contre lui, et celui-ci le tua, tuant également son oncle et son frère. C’est pour cette raison que Dieu n’accorda pas de répit à ce Ḥasan (2) : Il lui retira la royauté [l’exilant à travers le pays ; certains rapportent même qu’il fut tué, comme nous l’avons mentionné] (3).
Qatāda, quant à lui, était un vieillard de haute stature et imposant, qui ne craignait ni calife [ni] roi. Il se considérait plus digne que quiconque d’exercer le pouvoir. Le calife aurait souhaité qu’il se présentât à la cour pour lui rendre honneur, mais Qatāda le refusa catégoriquement. Jamais il ne se rendit auprès de personne, ni ne s’humilia devant aucun calife ou roi. Un jour, le calife lui écrivit pour l’inviter, et Qatāda répondit (4) par ces vers [du mètre al-Ṭawīl] :
« Et j’ai une patte de lion, dont la force humilie autrui…
Je la brandis parmi les peuples et je la vends.
Et tous les rois de la terre en baisent le dos…
Et son milieu réserve un printemps aux élus.
La placerais-je sous la meule, puis chercherais-je à la sauver ?
Je serais alors un pauvre hère.
Je ne suis rien d’autre que du musc qui exhale son parfum où qu’il soit…
Mais, parmi vous, il se perd. »
Qatāda parvint jusqu’à l’âge de soixante-dix ans (9). Ibn al-Athīr (10) situe sa mort en l’an dix-huit, mais Dieu sait mieux ce qu’il en est. Parmi ceux qui décédèrent également cette année-là (11) figure le roi al-Fāʾiz (12) Ghiyāth al-Dīn Ibrāhīm ibn al-ʿĀdil, auquel le pouvoir sur les contrées échut après son père.