En nos temps, en un moment où tout un chacun est au courant (1) de cet événement, savants comme ignorants en ont une connaissance égale en raison de sa grande notoriété. Dieu a procuré aux musulmans et à l’islam ceux qui les protègent et veillent sur eux (2). En effet, ils ont subi de l’ennemi de terribles maux (3), et parmi les souverains musulmans, il ne leur est parvenu que ceux dont l’ambition ne dépasse pas le ventre et les plaisirs (4). [Et le sultan des musulmans, Khwârazm Shâh, faisait défaut] (5).
(6) Il dit : « L’année s’acheva alors qu’ils se trouvaient au pays des Kourj (Géorgie). Quand ils y rencontrèrent résistance et combat, ce qui devait durer longtemps, ils se détournèrent de leurs adversaires, ainsi qu’ils avaient coutume de le faire, pour se diriger vers Tabriz. Là, ses habitants firent la paix avec eux en leur abandonnant une somme d’argent. Ensuite, ils se rendirent à Marâgha, l’assiégèrent et dressèrent contre elle des mangonneaux, tout en se protégeant derrière des prisonniers musulmans. Or, la ville était gouvernée par une femme – et jamais un peuple qui confie ses affaires à une femme ne prospérera – si bien qu’ils prirent la ville au bout de quelques jours. Ils massacrèrent un grand nombre de ses habitants, dont Dieu seul connaît le nombre, s’emparèrent d’un butin considérable et, comme à leur habitude – que Dieu les maudisse d’une malédiction qui les conduise au feu de la Géhenne –, ils réduisirent en esclavage et emmenèrent des captifs. »
La terreur que les gens ressentaient à leur égard était si grande (7) qu’on raconte qu’un homme d’entre eux entra dans une ruelle de cette cité (8) où se trouvaient cent hommes, sans que quiconque osât s’avancer vers lui. Il les tua un par un, jusqu’à ce qu’il ne restât plus aucun d’entre eux, sans qu’aucun n’ait levé la main contre lui, et il pilla à lui seul toute la ruelle. De même, une femme de leur peuple, déguisée en homme, s’introduisit [dans une maison] (10) et y massacra seule tous les habitants. Or, un captif qui l’accompagnait comprit qu’elle était une femme et la tua. Que Dieu la maudisse !
Ensuite, ils se dirigèrent vers la ville d’Irbil, ce qui mit les musulmans dans une grande détresse. Les [habitants de ces] (11) contrées dirent alors : « Voilà qui est très éprouvant. » Le calife écrivit aux habitants de Mossoul et au roi al-Ashraf (12), maître de la Jazîra, en ces termes : « J’ai préparé… »