Ils en entendirent parler, puis ils se mirent en route vers Derbend de Chervan(1) et s’emparèrent de ses villes [seule sa forteresse, où résidait leur souverain, leur échappa, et ils la dépassèrent],(2) gagnant ensuite le pays des Lân(3) et des Lakz(4), ainsi que les différentes nations(5) installées dans cette région. Ils leur infligèrent de lourdes pertes, en les massacrant, les pillant et les ravageant,(6) puis ils se dirigèrent(7) vers les territoires de Qafjâq, l’une des plus grandes tribus turques. Ils tuèrent tous ceux qui leur firent face, tandis que les autres(8) s’enfuirent dans les forêts [et vers les sommets des montagnes, abandonnant leurs terres].(9) Les Tatars prirent alors possession de ces contrées en un temps record, sans s’arrêter plus longtemps que la durée de leur marche.
Une autre troupe se rendit ensuite à Ghazna et dans ses alentours, ainsi que dans les contrées voisines de l’Inde, du Sijistân et du Kirmân, et y reproduisit des actes semblables(10), voire plus terribles encore. Tout cela était une chose inouïe, car Alexandre, dont les historiens s’accordent à dire qu’il détenait la souveraineté sur le monde, ne l’obtint pas aussi rapidement.(11) Il lui fallut environ dix ans pour accomplir sa conquête, et il ne tua personne,(12) se contentant d’exiger l’obéissance. Quant à ces envahisseurs, ils ont soumis en moins d’une année la plus grande partie de la terre habitée, la plus fertile,(13) la mieux peuplée et la plus avancée architecturalement, peuplée en outre d’hommes particulièrement justes et vertueux.
De plus, nul ne fut épargné dans les pays qu’ils n’avaient pas encore envahis, car tous craignaient leur arrivée [imminente]. Ils n’ont besoin ni de vivres ni de renforts venant de l’extérieur, transportant avec eux suffisamment de moutons, de bœufs, de chevaux et d’autres bêtes, dont ils ne consomment que la viande. En ce qui concerne leurs propres montures, elles creusent le sol avec leurs sabots pour se nourrir et se contentent de cela pour subsister.