Dieu – Exalté soit-Il – dit : « Et Marie, fille de ‘Imrân, qui préserva sa chasteté, à qui Nous avons insufflé de Notre Esprit » [At-Tahrîm, 12]. Plusieurs autorités parmi les Anciens (1) ont rapporté que Gabriel insuffla dans l’échancrure du vêtement de Marie, et que ce souffle descendit jusqu’à son intimité, si bien qu’elle devint enceinte aussitôt, de la même manière qu’une femme conçoit avec son époux (2).
Quant à ceux qui prétendent qu’il insuffla dans sa bouche, ou que celui qui s’adressait à elle était l’Esprit qui serait entré par sa bouche, leur opinion contredit ce que la trame du récit, dans les passages coraniques concernés, donne à comprendre. En effet, ce récit indique que l’être envoyé à Marie était un ange, en l’occurrence Gabriel – sur lui la paix –, et qu’il se contenta de souffler en elle sans s’adresser directement à son intimité. Il souffla dans l’ouverture de son vêtement, et le souffle descendit jusqu’à son intimité et y pénétra. Comme Dieu – Exalté soit-Il – l’a dit : « Nous y avons insufflé de Notre Esprit » ; ce qui démontre que l’insufflation entra là, et non dans sa bouche, comme le rapporte une tradition attribuée à Ubayy Ibn Ka‘b, ni dans sa poitrine, comme l’a rapporté As-Suddî dans sa chaine de transmission d’après certains Compagnons. C’est pour cela que Dieu – Exalté soit-Il – déclare : « Elle le porta » – c’est-à-dire son enfant – « puis elle se retira avec lui en un lieu éloigné ». Lorsque Marie se retrouva enceinte, elle en fut bouleversée et comprit que bien des gens gloseraient à son sujet.
Plusieurs des premiers commentateurs (3), dont Wahb Ibn Mounabbih, ont aussi rapporté que lorsqu’elle commença à présenter des signes de grossesse, le premier à les remarquer fut un dévot parmi les Enfants d’Israël, appelé Youssouf Ibn Ya‘qoub An-Najjâr, son cousin maternel. Il s’étonna fortement, sachant à quel point elle était pieuse, pure et dévouée à l’adoration, alors même qu’il la voyait enceinte, elle qui n’avait point d’époux. Un jour, il l’interrogea à mots couverts :
« Ô Marie, peut-il exister une récolte sans semence ? » Elle répondit : « Oui, car qui donc a créé la première récolte ? » Il poursuivit : « Peut-il exister un arbre sans eau ni pluie ? » Elle dit : « Oui, car qui donc a créé le premier arbre ? » Il continua : « Peut-il y avoir un enfant sans père ? » Elle répondit : « Oui, puisque Dieu a créé Adam sans père ni mère. » Alors il lui dit : « Raconte-moi donc ton histoire. » Elle répondit : « Dieu m’a annoncé la bonne nouvelle d’une Parole émanant de Lui, dont le nom est le Messie, Jésus fils de Marie, illustre ici-bas et dans l’au-delà, et l’un des plus rapprochés de Dieu. Il parlera aux gens dans le berceau et dans la maturité et sera du nombre des justes » [Âl ‘Imrân, 45-46]. Un propos semblable est également rapporté de Zacharie – sur lui la paix – qui l’aurait interrogée et aurait obtenu la même réponse. Dieu sait mieux.
As-Suddî, s’appuyant sur sa chaîne de transmission d’après des Compagnons (4), rapporte également que Marie rendit visite un jour à sa sœur, laquelle lui déclara : « Je viens de réaliser que je suis enceinte. » Et Marie lui répondit : « Moi aussi, je me sais enceinte. » Elle l’étreignit alors et la mère de Yahyâ (Jean) lui dit : « Je vois que ce qui est dans mon ventre se prosterne devant ce qui est dans le tien. » C’est à ce propos que Dieu dit : « Le confirmant comme étant une Parole venue de Dieu. » Ici, la prosternation exprime la soumission et la vénération, à l’image du geste de prosternation pour saluer, tel qu’il était en usage dans les législations antérieures, et comme Dieu ordonna aux anges de se prosterner devant Adam.
Abû al-Qâsim rapporte ainsi : « Mâlik a dit : “Il m’a été rapporté que Jésus fils de Marie et Yahyâ fils de Zacharie étaient cousins et que leurs grossesses furent concomitantes. Il m’a également été rapporté que la mère de Yahyâ a dit à Marie : ‘Je vois que ce qui est en mon sein se prosterne devant ce qui est dans le tien.’ Mâlik dit : ‘Je le constate ainsi.’” »