Au mois de Rajab, il déclara licite ce qui était interdit(1)… et détruisit Jérusalem (al-Quds) au mois de Muharram.
Cette année-là, les Francs – que Dieu les maudisse – se sont emparés de la ville de Damiette, y sont entrés sous couvert de sécurité, puis ont trahi ses habitants : ils ont tué les hommes, réduit en captivité les femmes et les enfants, commis l’infamie avec les femmes. Ils ont envoyé la chaire (minbar) de la mosquée, les volumes coraniques (ar-rubʿāt) ainsi que les têtes des tués vers les îles, et ont transformé la mosquée en église. [Et si ton Seigneur l’avait voulu, ils ne l’auraient pas fait].
Durant cette même année, al-Muʿaẓẓam(2) se mit en colère contre le juge Zakī al-Dīn ibn [Muḥyī al-Dīn ibn] [le juge de la ville]. La raison en fut que la tante d’al-Muʿaẓẓam, Sitt al-Shām bint Ayyūb, tomba malade dans la demeure qu’elle transforma plus tard en école (madrasa). Elle envoya chercher le juge pour lui confier ses dernières volontés. Celui-ci se rendit auprès d’elle, accompagné de témoins, et rédigea son testament selon ses indications. Al-Muʿaẓẓam(3) s’exclama alors : « Il se rend chez ma tante sans(4) ma permission, et lui et les témoins écoutent ses propos ! » Il advint aussi que le juge réclama des comptes au collecteur d’impôts de l’azīziyya et le frappa de verges en sa présence. Al-Muʿaẓẓam détestait ce juge depuis l’époque de son père [al-ʿĀdil]. C’est alors qu’al-Muʿaẓẓam envoya au juge un paquet contenant un qabāʾ (robe) et une kulūta (coiffe) : la robe était blanche et la coiffe jaune. Certains rapportent qu’elles étaient plutôt rouges et très usées(5). L’envoyé du sultan fit jurer au juge de les revêtir et de rendre la justice vêtu de ces habits. Par la grâce de Dieu(6), le message parvint au juge alors qu’il se tenait dans le vestibule de sa demeure, à la porte du Barīd, prêt à juger des affaires. Il ne put que s’exécuter(7) et il siégea ainsi pour prononcer ses jugements. Puis il rentra chez lui et fut atteint de la maladie qui le conduisit à la mort [survenue en ṣafar de l’année suivante(8)].
À cette époque, le poète ash-Sharaf ibn ʿAnīn(9) az-Zuraʿī avait affiché une grande piété et dévotion. On raconte même qu’il fit une retraite spirituelle (iʿtikāf) dans la mosquée(10). Al-Muʿaẓẓam lui envoya alors du vin et un jeu de dés (nard) pour qu’il s’y adonne. Ibn ʿUnayn(11) lui répondit en ces termes [extraits du mètre al-kāmil] :