Il l’assiégea et occupa (1) les habitants de la ville en leur faisant combler le fossé. (2) Les Tatars apportaient alors les chaires (minbars) et les volumes (de Coran) qu’ils jetaient dans le fossé pour le remplir ; ils finirent par l’ouvrir de force au bout de dix jours et massacrèrent ceux qui s’y trouvaient. Puis il revint à la ville, s’empara des biens de ses marchands et les abandonna (3) à son armée, qui massacra des habitants en nombre que seul Dieu connaît. Ils firent prisonniers les enfants et les femmes, et leur infligèrent des actes infâmes sous les yeux de leurs proches. Certains combattirent pour défendre leur famille jusqu’à la mort ; d’autres furent capturés et torturés de diverses manières. Les pleurs et la clameur des femmes, des enfants et des hommes emplirent la ville. Ensuite, les Tatars mirent le feu aux demeures de Boukhara, ainsi qu’à ses madrasas et à ses mosquées, qui brûlèrent jusqu’à ce qu’elles ne soient plus que ruines, désolées et vides. Ils se retirèrent ensuite, se dirigeant vers Samarcande (5), et ce qu’ils y perpétrèrent sera mentionné l’année suivante (6).
Au début de cette année, on démolit la muraille de la Maison sacrée (Bayt al-Maqdis) – que Dieu la protège par Son souvenir – (7), et ce sur l’ordre du sultan Al-Malik Al-Muʿaẓẓam ʿIsa ibn Al-ʿAdil, par crainte que les Francs ne s’en emparent, après consultation de ceux qui le lui conseillèrent, parmi lesquels son frère Al-ʿAzīz ʿUthmān ibn Al-ʿAdil et son chambellan, ʿIzz al-Dīn Aybak, afin qu’ils la démolissent pour empêcher les Francs de s’y installer en son absence et d’en faire un point d’appui pour s’emparer de toute la Syrie. On entama donc la destruction de la muraille le premier jour du mois de Muḥarram de cette année (9). Les habitants fuirent la cité, craignant que les Francs ne la prennent d’assaut à n’importe quel moment ; ils abandonnèrent leurs fortunes et leurs biens (10) et se dispersèrent (11) dans toutes les contrées, au point que, dit-on, le quintal d’huile fut vendu dix dirhams et la livre (12) de cuivre un demi-dirham. Le peuple clama sa détresse et implora Dieu, près du Rocher et dans la mosquée Al-Aqsa. Il s’agit aussi d’un acte ignoble de la part d’Al-Muʿaẓẓam, qui plus est après les turpitudes dont il s’était rendu coupable l’année précédente. (13) Certains composèrent des vers satiriques à son encontre (14) (de style rajaz).