La plus grande partie de la vie, celle qui était profitable, s’en est déjà allée… Ralentis, et accomplis de bonnes œuvres dans le temps qu’il te reste.
[Puis débuta l’année seize et six cents (616 de l’Hégire)]
Cette année-là, le cheikh Moḥyī al-Dīn ibn al-Jawzī, en sa qualité de muḥtasib (préfet des mœurs) de Bagdad, ordonna d’éradiquer le mal et de briser les instruments de divertissement, à l’encontre de l’instruction donnée par al-Muʿaẓẓam. Cet ordre fut promulgué au début de cette année. (1) À Dieu la louange et la grâce.
Gengis Khan
[Et le passage des Tatars]
(2) Du fleuve Jīḥūn.
Au cours de cette même année, les Tatars dirigés par leur souverain, Gengis Khan, traversèrent le fleuve Jīḥūn depuis leur territoire. Ils habitaient les montagnes de Ṭamghāj, dans la région de la Chine, et leur langue différait de celle des autres peuples tatars. Ils comptaient parmi les plus courageux et les plus endurants au combat. La raison de leur entrée sur les rives du Jīḥūn (3) est que Gengis Khan avait envoyé des marchands, porteurs de grandes richesses, dans les terres de Khwārazm Shāh afin d’acheter des étoffes pour leurs vêtements. Le vice-roi de la région en informa Khwārazm Shāh, décrivant l’importance des sommes détenues par ces marchands. Khwārazm Shāh ordonna alors de les tuer et de s’emparer de leurs biens, ce qui fut exécuté.
Lorsque Gengis Khan apprit la nouvelle, il envoya un message de menace à l’intention de Khwārazm Shāh, et l’acte de ce dernier ne fut pas jugé louable. Une fois menacé, on conseilla à Khwārazm Shāh de marcher contre eux. Il se dirigea donc vers leur territoire (alors qu’ils étaient déjà occupés à guerroyer contre Kashlī Khan), et il pilla leurs biens, faisant prisonnières leurs femmes et leurs enfants. Les Tatars, dépouillés, se retournèrent contre lui. On livra combat durant quatre jours d’une intensité jamais entendue : ceux-là se battaient pour protéger leurs familles, et les musulmans combattaient pour se sauver eux-mêmes, sachant que s’ils venaient à fuir, l’ennemi ne laisserait aucun survivant. Un grand nombre de combattants des deux camps furent tués : les chevaux trébuchaient dans le sang. On rapporte qu’environ vingt mille musulmans périrent, et il y eut encore plus de pertes du côté des Tatars.
Finalement, les deux armées se séparèrent et chacun rentra en son pays. Khwārazm Shāh et ses troupes se réfugièrent à Boukhara et à Samarcande, qu’il fortifia et confia à un grand nombre de défenseurs. Il retourna (8) ensuite dans ses terres pour lever de nombreuses armées, tandis que les Tatars se dirigèrent vers Boukhara, défendue par vingt mille soldats. Gengis Khan l’assiégea durant trois jours, puis les habitants demandèrent sa clémence. Il leur accorda sa protection, entra dans la ville et s’y montra bienveillant, mais ce n’était que ruse et tromperie. La citadelle, en revanche, refusa de se rendre et demeura intraitable face à son avancée.