Après la mort d’al-ʿAdil, on fit à Damas un éloge qu’y composa le cheikh ʿIlm ad-Dīn as-Sakhāwī, sous la forme d’une maqâma où il s’employa à en faire une louange appuyée (1). On rapporte également qu’il (celui qui fut ainsi célébré) était modeste, qu’il aimait les pauvres et les juristes, et qu’il saluait les gens lorsqu’il passait près d’eux monté avec tout l’apparat de sa vizirat. Mais cette même année, il subit un revers : al-Kāmil, qui fut la cause de son renvoi et de son éloignement, écrivit à son frère al-Muʿaẓẓam à son sujet ; alors on mit la main sur ses biens et ses avoirs, et son fils fut démis de l’administration des diwâns (2). Ce dernier suppléait pourtant son père durant son absence.
Au mois de Rajab de cette même année (3), al-Muʿaẓẓam rétablit la location des chanteuses, la vente des boissons alcoolisées et la présence des courtisanes, ainsi que d’autres actes contraires à la morale et réprouvés, que son père avait auparavant abolis. Il en fut ainsi à tel point que plus personne n’osait auparavant transporter ne serait-ce qu’une poignée de vin vers Damas, à moins de le faire en cachette. Qu’Allah récompense donc al-ʿAdil pour cela, et ne récompense pas al-Muʿaẓẓam pour ce qu’il fit ! Al-Muʿaẓẓam s’en justifia en disant qu’il n’avait procédé à cette mauvaise action qu’en raison du manque d’argent (5) pour entretenir l’armée et de la nécessité de couvrir leurs dépenses pour affronter les Francs. [Cela témoigne cependant de son ignorance, du peu de foi dont il faisait preuve, et de sa méconnaissance des affaires : en effet, un tel agissement permet à l’ennemi de l’emporter et lui assure la victoire, la maladie gagne du terrain et l’armée se trouve démotivée pour combattre, de sorte qu’elle battra finalement en retraite à cause de ces faits. Agir de la sorte anéantit et ravage les contrées et fait choir les États, conformément à cette parole rapportée : « Quand ceux qui me connaissent me désobéissent, Je leur donne pouvoir sur eux à ceux qui ne Me connaissent pas. » Cela est clair et nul esprit avisé ne saurait l’ignorer] (6).
Parmi les personnalités notables et les dignitaires qui décédèrent cette année-là figure :
– Le sultan al-Malik al-ʿĀdil Abû Bakr ibn Ayyûb, comme il a déjà été mentionné (7).
– Le qâdî Sharaf ad-Dīn (8) Abû Tâlib ʿAbd Allah ibn Zayn al-quḍât ʿAbd ar-Raḥmân ibn Sulṭân ibn Yaḥyâ ibn ʿAlî al-Qurashî, de Damas, issu de la même lignée que le fils d’az-Zakî. Il fut le premier à enseigner dans la madrasa ash-Shāmiyya al-Barrāniyya et dans celle d’ar-Rawāḥiyya ; il fut aussi suppléant dans la fonction de juge pour le compte de son cousin, Muḥyī ad-Dīn ibn