Lorsque la volonté de Dieu s’exécuta, le vendredi septième jour de Jumâdâ al-Âkhira, il mourut dans le village de ‘Alaqîn (1). Son fils, al-Muʿaẓẓam, arriva alors en hâte (2) et rassembla tous ses effets, puis l’emporta dans une litière, accompagné d’un serviteur, en prétendant que le sultan était souffrant (3). Chaque fois qu’un émir venait le saluer, le page leur transmettait que son état était trop faible pour répondre (4). Quand il parvint avec lui à la Citadelle, il y fut enterré un certain temps, avant d’être transféré à sa tombe dans sa grande madrasa al-ʿÂdiliyya (5).
Le roi Sayf ad-Dîn Abû Bakr ibn Ayyûb ibn Shâdhî comptait parmi les meilleurs souverains, doté de la plus belle conduite et de la plus pure des intentions : il était pieux, intelligent, patient et plein de dignité. Il abolit les interdits, les boissons alcoolisées et les instruments de musique (6) dans tout (7) son royaume, qui s’étendait des confins de l’Égypte, du Yémen, du Shâm et de la Jazîra jusqu’à Hamadhân. Il acquit ses territoires après son frère Ṣalâḥ ad-Dîn, à l’exception d’Alep, qu’il laissa aux mains de son neveu al-Ẓâhir Ghâzî (8), fils de Ṣalâḥ ad-Dîn, car celui-ci était l’époux de sa fille, Ṣafiyya as-Sitt Khâtûn. Al-ʿÂdil était doux, indulgent, patient devant l’adversité et participait souvent au jihâd, ayant accompagné son frère dans toutes (9) ou dans la plupart (10) de ses batailles contre les Francs, où il se signala par un rôle déterminant et une grande suprématie.
Il n’était pas avare (11) : durant l’année de la famine en Égypte (12), il dépensa de grandes sommes pour les pauvres et fit l’aumône à de nombreux nécessiteux, issus du peuple ou d’ailleurs (13). Puis, l’année suivante à la famine, il pourvut en linceuls trois cent mille personnes parmi les étrangers et les pauvres, et fit preuve d’une immense générosité. Même au cours de sa maladie, il donnait fréquemment l’aumône, offrant jusqu’à ses propres vêtements et sa monture (13). Il mangeait beaucoup mais resta en bonne santé (14), tout en jeûnant souvent. Il prenait chaque jour plusieurs repas consistants, puis, avant de se coucher (15), il consommait un râtl damascène (16) de pâtisseries sucrées et sèches. (17)