Al-Afdal (1), fils de Ṣalāḥ ad-Dīn et seigneur de Sumaïsāt (2), fut écarté de son projet par al-Malik al-Achraf (3) Mūsā ibn al-ʿĀdil, qui vainquit le roi des Romains, mit son armée en déroute et le renvoya déçu.
Cette année-là, al-Achraf s’empara de la ville de Sindjār, en plus des territoires déjà sous sa domination. Au cours de cette même année, le sultan al-Malik al-ʿĀdil (4) Abū Bakr ibn Ayyūb décéda, et les Francs (5) — que Dieu les maudisse — s’emparèrent du port de Damiette (6). [Il a déjà été rapporté que, lorsque les Francs voulurent l’attaquer à l’improviste alors qu’il arrivait des terres d’Égypte, près de Baysān, il s’enfuit devant eux et s’installa à Marj aṣ-Ṣaffar. Il fit alors appel aux armées de la Jazīra et d’autres régions pour qu’elles le rejoignent et qu’il puisse ainsi affronter les Francs avec leur concours, et ce, à l’expiration de la trêve. Les Francs quittèrent alors les côtes à partir dʾAkkā et furent rejoints par autant de leurs troupes navales que Dieu voulut.] Ils se dirigèrent vers l’Égypte par le port de Damiette [où ils débarquèrent] et l’assiégèrent durant quatre mois (9).
Pendant ce temps, le sultan al-Malik al-Kāmil (10) [tenait ses positions face à eux, les combattait, les empêchait et les repoussait de ce qu’ils convoitaient]. Malgré cela, les Francs réussirent à s’emparer de la Tour de la Chaîne, qui fait office de verrou aux territoires d’Égypte. Cette tour se trouve sur une île au milieu du Nil, à l’endroit où ce dernier se jette dans la mer. [De cette tour] jusqu’à Damiette, située (12) sur le rivage de la mer et au bord du Nil, s’étend une chaîne reliant les deux rives. Un pont y est établi, et une autre chaîne empêche les navires de passer de la mer au Nil, rendant toute entrée impossible. Lorsque les Francs se saisirent de cette tour, les musulmans [d’Égypte et d’ailleurs] furent profondément affligés.
Quand la nouvelle parvint au roi al-ʿĀdil, qui campait alors à Marj aṣ-Ṣaffar, il gémit d’une grande douleur, frappa sa poitrine de la main, accablé de tristesse pour les musulmans et leurs terres. Il tomba aussitôt gravement malade, atteint du mal qui devait l’emporter.