En cette année :
Le Tigre à Bagdad (1) connut une crue considérable. Le niveau de l’eau s’éleva jusqu’à égaler presque le rempart (2), à deux doigts près, puis l’eau le submergea entièrement et les gens se crurent voués à la perdition. Cet état de choses persista sept nuits et huit jours consécutifs, avant que Dieu n’accorde Sa grâce, faisant baisser l’eau et disparaître la crue. Bagdad se retrouva réduite à des monticules, et la plupart des constructions s’effondrèrent. « Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournons. »
En cette année également, Muhammad b. Yaḥyā b. Faḍlān donna son enseignement à la Niẓāmiyya, en présence des juges et des notables.
Toujours durant cette même année, aṣ-Ṣadr (3) b. Ḥamawiyya partit comme émissaire de l’‘Ādil auprès du calife (5).
Encore cette année : le fils d’al-Kāmil (6), appelé al-Fakhr, arriva en tant qu’émissaire auprès de [son frère] al-Muʿaẓẓam pour solliciter la main de sa fille au profit de son fils Aqsīs (7), le souverain du Yémen. Le mariage fut ainsi conclu à Damas avec une dot considérable.
La même année, le sultan ʿAlā’ ad-Dīn Khwārazm Shāh Muḥammad b. Takash (8) arriva de Hamadhān en direction de Bagdad, à la tête de quatre cent mille soldats – certains disent six cent mille. Le calife (9) se prépara contre lui, rassembla de nombreuses armées [supplémentaires], et Khwārazm Shāh envoya au calife pour demander à se présenter devant lui conformément à l’usage établi par les rois saljūqides avant lui, et pour que la khutba (prêche du vendredi) à Bagdad [sur ses chaires] soit prononcée en son nom. Le calife ne répondit pas favorablement à cette requête et dépêcha auprès de lui le shaykh Shihāb ad-Dīn as-Suhrawardī (10). Lorsque celui-ci parvint [auprès de Khwārazm Shāh], il le vit entouré de faste et de nombreux rois, assis dans une kharkāh (11) en or, sur un trône en bois de sāj. Il portait un qabā de Boukhara valant cinq dirhams et avait sur la tête une peau dont la valeur ne dépassait pas un dirham. Alors, il le salua.