J’ai dit (1) : C’est ce que l’on appelle aujourd’hui l’écurie du sultan. Le sultan lui-même transportait la terre, et ses Mamelouks portaient devant lui, sur le pommeau des selles, des paniers de terre qu’ils vidaient (2) dans la « Place Verte ». Son frère as-Sâlih [Ismâʿîl] et ses Mamelouks faisaient de même (celui-ci un jour, celui-là un autre jour).
Cette même année, il y eut une sédition entre les habitants de Shâghûr et ceux de l’ʿAqîba, qui se battirent à ar-Raḥba et chez les changeurs. L’armée chevaucha vers eux en tenue de guerre, et al-Muʿaẓẓam vint lui-même, s’empara de leurs chefs et les fit emprisonner (3).
La même année, on établit à la Muṣallâ un prédicateur indépendant. Le premier à y officier fut aṣ-Ṣadr (4), le répétiteur de la « Fakkiyya » (5). Puis Baḥâ’ ad-Dîn Ibn Abî l-Yusr (6) (7) lui succéda, ensuite ce furent les Banû Ḥassân, et cela perdure jusqu’à présent.
Cette même année, parmi les notables (8) décéda le seigneur d’Alep, al-Malik aẓ-Ẓâhir [Abû Manṣûr] (9), Ghâzî fils de [Sultan] Ṣalâḥ ad-Dîn Yûsuf ibn Ayyûb. Il faisait partie des meilleurs rois et menait son règne de la façon la plus judicieuse. (Mais) il usait parfois de rigueur excessive et punissait durement pour de menues fautes (10). Il honorait les savants, les poètes et les pauvres. Il régna pendant trente ans et prit part à de nombreuses expéditions militaires aux côtés de son père. Il était intelligent, doté d’une opinion avisée, d’un style bien tourné et d’une remarquable perspicacité. Il atteignit (11) l’âge de quarante-quatre ans. [Et lorsque sa dernière heure arriva…]