Lorsque les Francs s’absentèrent, Sâma al-Jabalî, l’un des plus grands émirs, qui détenait les forteresses d’‘Ajloun et de Kawkab, partit rapidement vers la Syrie pour livrer ces deux places. Al-‘Adil envoya à sa suite son fils al-Mu‘aẓẓam (seigneur de la Syrie), qui le devança jusqu’à la Noble Jérusalem (al-Quds al-Sharîf) et le fit arrêter, le maintenant dans l’église de Sion. Il était déjà âgé et atteint de la goutte. Al-Mu‘aẓẓam s’efforça de le ramener à l’obéissance en usant de douceur, mais cela ne porta pas ses fruits. Il s’empara alors de ses provisions, de ses biens et de sa fortune, puis l’envoya à la citadelle d’al-Karak, où il le maintint captif.
Ce qui avait été saisi chez lui valait près d’un million de dinars, y compris sa maison et son bain situés près de la porte as-Salâmah. Cette demeure fut ensuite transformée par al-Bâdirâ’î en école pour les chaféites. La forteresse de Kawkab fut démolie et ses réserves transférées à la forteresse d’al-Tûr, nouvellement édifiée par al-‘Adil et son fils al-Mu‘aẓẓam.
La même année, le vizir S afi ad-Dîn ibn Shukr fut démis de ses fonctions ; on confisqua ses biens et il fut exilé vers l’Orient. C’est lui qui avait envoyé en Égypte une requête pour exiler le hâfiẓ ‘Abd al-Ghanî au Maghreb. Mais celui-ci mourut avant l’arrivée de la lettre. Dieu décréta l’exil du vizir vers l’Est.
Lorsque le seigneur de Chypre [que Dieu le maudisse] s’empara de la ville d’Antioche, un grand mal s’ensuivit : il put alors lancer des raids contre les terres musulmanes, notamment contre les Turkmènes habitant les environs d’Antioche, en tuant un grand nombre et en s’emparant de nombreux troupeaux. Toutefois, par la volonté de Dieu, ils parvinrent à le piéger dans une vallée et le tuèrent, promenant sa tête dans ces contrées. Ils l’envoyèrent ensuite au roi al-‘Adil en Égypte, où elle fut également exhibée. C’est bien lui qui avait lancé ce raid auparavant.