Cheikh Shihāb al-Dīn Abū Shāma (1) a dit : « Le cheikh ‘Abd Allāh al-Yūnānī était l’un des grands hommes de piété. Je l’ai rencontré ; son décès est survenu dix ans après celui d’Abū ‘Umar. Il ne pardonnait pas à ce dernier sa certaine légèreté malgré sa grande piété ; il se peut toutefois qu’il ait été en voyage, et le voyageur n’est pas astreint à la prière du vendredi. On a excusé le cheikh Abū ‘Umar en disant que cela s’inscrivait dans la lignée des noms tels que “al-ʿādil” (le Juste), “al-kāmil” (le Parfait), “al-ashraf” (le Noble) et autres. De la même manière, on emploie les prénoms Sālim, Ghānim, Masʿūd ou Maḥmūd, lesquels, parfois, ne correspondent pas à leur signification : ainsi, il peut arriver que quelqu’un ne soit ni sain (sālim), ni prospère (ghānim), ni heureux (masʿūd), ni loué (maḥmūd). Il en va de même pour l’usage de “al-ʿādil” ou autre qualificatif parmi les titres royaux, ceux des marchands ou d’autres personnes, tels que Shams al-Dīn, Badr al-Dīn, ‘Izz al-Dīn, Tāj al-Dīn et ainsi de suite, qui peuvent parfois s’inverser en devenant leur contraire. De même, on trouve des dénominations comme ash-Shāfi‘ī, al-Ḥanbalī ou autres, mais il se peut que les actes de la personne s’opposent aux préceptes de l’imam dont elle se réclame, qu’il s’agisse de son ascèse, de son adoration ou de toute autre pratique. Et de même, appeler quelqu’un “al-ʿādil” peut tomber dans l’usage général [et cela est plus probable], et Dieu est plus savant (2).
(3) J’ai dit : Le ḥadīth qu’a invoqué le cheikh Abū ‘Umar n’a pas de fondement ; il ne figure dans aucun ouvrage réputé. Il est surprenant qu’Abū ‘Umar, Abū al-Muẓaffar et ensuite Abū Shāma (4) l’aient accepté, qu’ils l’aient adopté tel quel et l’en aient répercuté, mais Dieu est plus savant. Puis Abū al-Muẓaffar (5) s’est attelé à évoquer les mérites d’Abū ‘Umar, ses prodiges et ce que lui-même et d’autres ont constaté de sa vertu.
Il a dit : Abū ‘Umar adhérait à la doctrine des pieux prédécesseurs (as-salaf aṣ-ṣāliḥ). Il avait une saine croyance, s’attachait au Livre, à la Sunna ainsi qu’aux traditions rapportées. Il les laissait s’écouler telles qu’elles étaient venues, sans désavouer les imams de la religion ni les savants des musulmans. Il interdisait de fréquenter les innovateurs et recommandait la compagnie des hommes de bien. Il dit (6) : Parfois, il me récitait ses propres vers (7) à ce sujet — en rajaz :
“Je vous recommande de parler du Coran / Selon la parole des gens de vérité et de rigueur, (8)
Il n’est ni créé ni voué à disparaître, / Mais c’est bien la parole du Roi, le Souverain Suprême.” (9)