Dans cette même année, s’éteignit (1) al-Fakhr ar-Râzî (2), le théologien, auteur du « Tafsîr » (3) et de nombreux autres ouvrages. Il s’agit de Muḥammad (4) ibn ʿUmar ibn al-Ḥusayn ibn al-Ḥasan ibn ʿAlî al-Qurachî (at-Taymî) al-Bakrî, Abû al-Maʿâlî et Abû ʿAbd Allâh (5), connu sous le nom d’al-Fakhr ar-Râzî. On l’appelait également Ibn Khaṭîb ar-Ray, le juriste shafiʿite (6).
Il est l’un des savants les plus célèbres pour ses grands et petits traités, qui dépassent les deux cents volumes. Parmi ceux-ci figurent son « Tafsîr » détaillé, « Al-Maṭâlib al-ʿâliya », « Al-Mabâḥith ach-charqiyya », « Al-Arbaʿîn », « Charḥ al-Ishârât », et d’autres encore dans le domaine de la théologie musulmane, des doctrines des Anciens et des opinions diverses. Il a également écrit sur les fondements du droit (uṣûl al-fiqh), notamment « Al-Maḥṣûl », ainsi qu’une biographie de l’imam ash-Shâfiʿî en un volume précieux, contenant cependant des points singuliers que les savants ne valident pas unanimement. On rapporte à son sujet des faits étonnants, et j’ai détaillé sa biographie dans mon « Ṭabaqât ash-Shâfiʿiyya ».
Il jouissait d’un grand prestige auprès des souverains du Khwârazm (8) et d’autres contrées. De nombreuses madrasas furent érigées en son honneur dans divers pays. Il possédait quatre-vingt mille dinars d’or pur, en plus de nombreux biens, montures, meubles et vêtements, et il entretenait cinquante mamlouks turcs. Il prêchait en chaire devant les rois, les vizirs, les savants, les émirs, les ascètes, mais aussi la foule du commun (9). En outre, il se consacrait à des dévotions et observait des litanies (10).
Il y eut, à plusieurs reprises, des différends entre lui et les Karrâmiyya : il les détestait et ils le détestaient en retour, allant chacun jusqu’à calomnier l’autre (11). Nous en avons mentionné un aperçu précédemment. Or, malgré l’immensité de son savoir (et sa maîtrise) dans l’art du kalâm, il disait : « Celui qui s’en tient à la croyance des vieilles dames sera le gagnant » (12).