Abu (Muhammad) Jaʿfar (1) (Ibn Muhammad) ibn Mahmûd Hibatu-llah ibn Aḥmad ibn Yûsuf al-Irbilî était un homme de grand savoir dans de nombreuses disciplines : la jurisprudence selon l’école shafiʿite, le calcul, les lois successorales, la géométrie, la littérature, la grammaire, ainsi que tout ce qui a trait aux sciences du Noble Coran, et d’autres domaines encore. On rapporte, parmi ses poèmes (dont certains sont réputés excellents), ces vers [en mètre basît] :
« Nul ne peut repousser ce que le destin amène… et dans les épreuves, si l’on y songe, il y a matière à réflexion.
Rien ne sauve face aux décrets [divins] quand ils s’abattent : ni la raison, ni la prudence, ni la crainte, ni la précaution.
Use donc de la patience en toute circonstance, et ne te lamente d’aucune chose, car la récompense de la patience est la victoire.
Combien de fois la difficulté nous a frappés, avant que le cours du temps ne la dissipe et qu’il ne nous succède une aisance continue.
Que l’on ne désespère jamais du secours divin ; en effet, seuls en désespèrent ceux qui sont incrédules.
Je sais que le destin est fait de cycles : l’un synonyme de sécurité, l’autre de péril. »
[Puis vint l’année 605]. Au cours du mois de Muḥarram de cette année [le chantier de] la Dâr al-ḍiyâfa (3) fut achevé à Bagdad (4). Elle fut fondée par al-Nâṣir li-Dîn Allâh sur la rive occidentale, pour accueillir les pèlerins et les voyageurs : ils y reçoivent l’hospitalité tant qu’ils y demeurent. Lorsqu’ils décident de reprendre la route, ils reçoivent provisions, vêtements et, en plus de tout cela, un dinar [pour le voyage] (5). Qu’Allâh le récompense pour ce bienfait.
Cette même année, Abû l-Khaṭṭâb Ibn Diḥya al-Kalbî (6) revint de son périple en Irak et passa par le Shâm (Grande Syrie). Là, il se rendit dans l’assemblée du vizir Ṣafî al-Dîn Ibn Shukr (7), où il rencontra le shaykh Tâj al-Dîn Abû l-Yaman [Zayd ibn al-Ḥasan ibn Zayd] al-Kindî (8), grand spécialiste de langue et de hadith. Dans sa discussion, Ibn Diḥya mentionna le hadith de l’Intercession et en vint à la parole d’Ibrâhîm (que la paix soit sur lui) : « Je n’ai été qu’un ami lointain, “min warâ’a warâ’a” », en prononçant les deux mots avec la voyelle ouverte (fatḥa). Al-Kindî répliqua que l’on dit « min warâ’u warâ’u » (avec la voyelle fermée, ḍamma). Ibn Diḥya demanda alors au vizir Ibn Shukr : « Qui est cet homme ? », et celui-ci répondit : « C’est [le shaykh] Abû l-Yaman al-Kindî. » Ibn Diḥya se montra alors mordant à son égard, car il était audacieux.