Dans le cours de cette même année, le calife arrêta son vizir Ibn Mahdî al-`Alawî, parce qu’on lui attribuait l’intention de briguer le califat – d’autres raisons ont aussi été avancées. Ainsi, il fut emprisonné dans la demeure de Tâshtekîn [l’émir] jusqu’à sa mort. C’était un homme tyrannique et obstiné, honni par les poètes, au point que l’un d’eux composa à son sujet (1) :
[du mètre at-Ṭawîl]
- « Ô mes deux compagnons ! Parlez au calife (2) et conseillez-le ;
Prenez garde – puissé-tu être préservé du mal – à ce que tu entreprends ! - Ton ministre se tient entre deux possibilités, dans lesquelles
Ton action, ô le meilleur des créatures (3), sera vaine. - S’il est vraiment issu de la lignée de Ḥaydar (4),
Alors voilà un vizir qui convoite le califat ! - Et s’il ne dit pas vrai dans ses prétentions,
Alors les bienfaits qu’il a reçu de toi sont perdus. »
On rapporte également (5) qu’il était intègre dans la gestion des biens, d’excellente conduite et de bonne administration ; Dieu (– glorifié et exalté soit-Il –) est plus Savant de sa condition.
Au mois de Ramaḍân de cette même année, le calife organisa [à Bagdad] vingt demeures de réception où les pauvres jeûneurs pouvaient rompre le jeûne. Chaque jour, on y cuisinait une grande quantité de nourriture, à laquelle s’ajoutaient d’abondantes rations de pain raffiné et de douceurs [puissé Dieu le récompenser]. Pareille initiative rappelle ce que Quraysh faisait autrefois pour la « rifâda » durant le pèlerinage [et], comme on le sait (6), c’était son oncle Abû Ṭâlib qui en avait la charge, tandis qu’al-`Abbâs s’occupait de la « saqâya ». Les dignités de l’ambassade, de l’étendard et de la Nadwa leur revenaient également, comme cela a déjà été précisé à propos de leur histoire. Finalement, tous ces offices revinrent pleinement (7) aux califes `abbâsides [– qu'Allah soit satisfait d'eux –].
Puis, cette même année, le calife envoya auprès du roi al-`Âdil, Cheikh Shihâb ad-Dîn as-Suhrawardî (8) accompagné de Sanqar as-Silahdâr (9) pour lui remettre l’habit honorifique annuel, auquel s’ajoutaient le collier et les bracelets ; il envoya également des habits d’honneur à tous ses fils.
La même année encore, al-Awḥad ibn al-`Âdil, seigneur de Mayyâfâriqîn, s’empara de la ville de Khilâṭ après avoir tué son possesseur Ibn (10) Bukhtimur.