En cette même année, deux jeunes gens se réunirent (1) à Bagdad pour boire (2). L’un frappa l’autre d’un coup de couteau et le tua, puis prit la fuite. On l’arrêta, on l’exécuta, et l’on découvrit sur lui un feuillet renfermant deux vers de sa propre composition, qu’il avait ordonné de placer (3) parmi ses linceuls. [Les voici, tirés de la métrique al-wâfir (4) :]
« Je me suis présenté devant le Généreux (5) sans provision…
Qui serait le fruit d’œuvres, si ce n’est mon cœur pur.
C’est faire preuve de mauvaise opinion (6) que de s’imaginer avoir des provisions…
Quand on vient au-devant du Généreux. »
Parmi les notables (7) décédés au cours de cette année, il y eut le juriste [et érudit] Abû Manṣûr (8) ‘Abd al-Raḥmân ibn al-Ḥusayn ibn al-Nu‘mânî (9) al-Nîlî, surnommé « le juge Shurayḥ » en raison de son intelligence, de son excellence, de sa maîtrise, de son esprit et de la perfection de ses qualités morales (10).
Il exerça la fonction de juge dans sa ville, puis se rendit à Bagdad où on lui confia des postes élevés, qu’il refusa. L’émir Tâshtekîn le contraignit sous serment à travailler comme scribe auprès de lui. Il le servit ainsi vingt ans. Par la suite, le vizir Ibn Mahdî le dénonça au calife (11), qui le fit emprisonner dans la demeure de Tâshtekîn, où il resta jusqu’à sa mort (12) cette année-là. Peu de temps après, ce même vizir délateur fut à son tour emprisonné dans la même maison [et il y mourut], ce qui compte parmi les choses les plus étonnantes (13).
[On mentionne aussi] ‘Abd al-Razzâq ibn le cheikh ‘Abd al-Qâdir (14).