Chaque fois qu’il s’élevait davantage, Dieu nous abaissait… par Sa grâce (1) jusqu’à Béhémot (2). Son valet lui déroba un ceinturon (3). Ils voulurent alors établir la culpabilité du valet (4) à ce sujet. Or, l’émir Tâchtekîn l’avait vu le prendre (5) et déclara : « Ne punissez personne ; il l’a pris de celui qui ne le rend pas, et il l’a vu quand il l’a pris de celui qui ne le dénonce pas. » Il avait atteint l’âge de quatre-vingt-dix ans. Il advint qu’il loua une terre pour trois cents ans à titre de waqf. L’un des plaisantins dit alors à son sujet : « Cet homme ne croit pas à la mort : il a quatre-vingt-dix ans et il loue une terre pour trois cents ans ! » Les gens s’en amusèrent, et Dieu – qu’Il soit exalté – est le plus Savant.
[Puis arriva l’an 603]
Cette année-là survinrent de longs événements dans les contrées (7) de l’Orient, entre les Ghourides et les Khwârazmiens et leur roi, Khwârazm Shâh ibn Tekish, au pays de Tâliqân.
Cette année-là, le calife an-Nâsir confia la charge de grand cadi de Bagdad à ‘Imâd ad-Dîn Abû al-Qâsim ‘Abd Allâh (8) ibn ad-Dâmghânî.
Cette année-là, le calife fit arrêter ‘Abd as-Salâm ibn ‘Abd al-Wahhâb, fils du shaykh ‘Abd al-Qâdir al-Jîlânî, en raison de ses actes d’immoralité et de débauche. Ses livres et ses biens avaient été brûlés auparavant, car on y trouvait des ouvrages de philosophie et des sciences anciennes, et il en fut réduit à mendier auprès des gens. Cela survint à la suite de ses accusations contre Abû al-Faraj ibn al-Jawzî : c’est lui, en effet, qui avait rapporté ses dires au vizir Ibn al-Qassâb, si bien que certains livres d’Ibn al-Jawzî furent brûlés, les autres scellés, et qu’il fut exilé cinq ans à Wâsit, comme cela a été déjà expliqué (9). Les gens disaient : « Dieu suffit », et dans le Coran : « La rétribution d’une mauvaise action est une mauvaise action semblable » [ash-Shûrâ : 40]. Les soufis disent : « La Voie reprend son dû. » Les médecins disent : « La nature est équitable. »
Cette année-là, les Francs assiégèrent Homs. Son souverain, Asad ad-Dîn Shîrkûh [fils de Nâsir ad-Dîn Muhammad ibn Asad ad-Dîn Shîrkûh le Grand], les combattit et reçut l’aide du roi az-Zâhir, maître d’Alep, si bien que Dieu repoussa leur mal.