L’âme du jeune homme, si l’on en corrige l’état, (1)
sera plus apte à atteindre ses aspirations.
Et si tu la vois régler ses paroles, (2)
elle sera d’autant plus forte pour porter le fardeau de l’élévation.
Que si l’on découvrait l’état de celui dont elle est la gardienne, (3)
dans sa tombe, à l’heure de la décomposition, ce serait pour elle–pour elle.
Abou al-‘Abbâs Aḥmad ibn Mas‘oûd ibn Muḥammad al-Qurṭubî al-Khazrajî
(4)
fut un éminent spécialiste de l’exégèse, du fiqh, du calcul, du partage successoral, de la grammaire, de la langue, de la prosodie et de la médecine. Il laissa de belles œuvres et composa une poésie raffinée. Parmi ses vers :
[Sur le mètre al-wâfir] :
« Dans ces joues se trouve ce que recèlent les jardins,
mais l’éclat de leurs fleurs possède un sens prodigieux.
Et le plus étonnant de toute chose qui suscite l’étonnement,
c’est que je vois tout un verger tenu par un simple rameau. » (5)
Abou al-Fidâ’ Ismâ‘îl ibn Yarnaqash as-Sinjârî, affranchi de son maître, ‘Imâd ad-Dîn Zankî ibn Mawdûd,
était un soldat à la belle prestance, doué pour les vers et pétri de savoir littéraire. Il composa entre autres ces lignes adressées à al-Ashraf Mûsâ ibn al-‘Âdil, pour le consoler de la perte de son frère Yûsuf : (6)
[Sur le mètre at-tawîl] :
« Les larmes de la gloire et du mérite ont coulé, (7)
et le domaine de la haute distinction est devenu un désert depuis ta disparition.
La générosité et le courage se sont ensevelis dans la tombe,
le jour où Yûsuf y fut placé.
Jeune homme dont la main de la mort a ravi l’âme,
lui qui ravissait jadis l’âme de ses ennemis par le sabre.
Les jours de ce monde lui ont fait boire la coupe fatale,
lui qui pourtant abreuva bien des batailles de la mort.
Hélas ! Si le chagrin pouvait influer sur la mort,
et quel regret si le deuil était d’un quelconque secours !
J’étais toujours vaillant devant les coups du sort,
mais je faiblis à porter une telle calamité. »
Abou al-Faḍl Ilyâs (8)
ibn Jâmi‘ ibn ‘Alî al-Arbilî.