Il advint cette année-là qu’un homme de Bagdad descendit dans le Tigre pour s’y baigner, remettant ses vêtements à son serviteur, mais il se noya dans l’eau. On trouva alors, dans un feuillet placé dans son turban, ces vers :
« Ô gens, j’avais un espoir,
mais l’échéance de ma vie m’a empêché de l’atteindre ;
Que tout homme, durant son existence, craigne Dieu son Seigneur et agisse !
Je ne suis pas seul à avoir été transporté là où vous me voyez,
car chacun sera un jour emporté vers la même destination. »
• Parmi ceux qui moururent cette année-là parmi les maîtres et notables :
Abû l-Hasan ʿAlî b. (al-Hasan b.) (2) ʿAntar (3) b. Thâbit al-Ḥillî (4), connu sous le nom de Shumaym.
C’était un shaykh, homme de lettres, linguiste et poète. Il réunit une partie de sa poésie dans une « Ḥamâsa » qu’il considérait supérieure à la « Ḥamâsa d’Abû Tammâm ». Il composa également des pièces bachiques (khamriyât) (5) qu’il prétendait plus puissantes encore que celles d’Abû Nuwâs.
Abû Shâma rapporte dans son ouvrage « al-Dhayl » (6) : « Il était peu porté sur la religion, d’un esprit confus et extravagant, et d’une conduite dissolue (7). Il laissa une “Ḥamâsa” et des “Rasâʾil” (traités). »
Ibn al-Sâʿî a dit : « Il vint à Bagdad et étudia la grammaire auprès d’Ibn al-Khashshâb, en apprenant de lui une part notable de grammaire, de langue (8) et de poésies arabes ; puis il s’établit à Mossoul où il mourut (9). »
• Et parmi ses vers [dans sa « Ḥamâsa »], tirés de la mètre al-kâmil (10) :
« Ne laisse pas ton regard vagabonder dans les yeux des gazelles ;
car c’est dans les espoirs que se trouvent les champs de mort. »