Al-Banânî, le poète : Abû ‘Abd Allâh Muḥammad ibn al-Muhannâ ibn Muḥammad, le célèbre poète connu sous le nom d’al-Banânî (1). Il fit l’éloge des califes, des vizirs, des émirs et d’autres encore. Il vécut longtemps (2) et atteignit un âge avancé. Sa poésie était délicate, gracieuse et pleine d’esprit. Parmi ses vers (3) :
[Du mètre al-basîṭ] :
« Injustement, tu vois un amoureux que l’on gronde dans son élan passionné…
tandis que toi-même, au soir, tu renies l’amour.
Ô blâmeur de l’amant épris, si tu voyais son bourreau,
avec sa joue et son léger duvet, tu l’excuserais.
Je sacrifierais tout pour celui dont la magie du regard m’enseigne
comment, lorsqu’il se propose de me tuer, je pourrais l’ensorceler.
Il profite de la nuit en dormant, tandis que moi je veille
jusqu’au matin : il m’oublie quand, pour ma part, je ne cesse de penser à lui. »
Il a également dit :
[Du mètre mujtaz al-kâmil] :
« De bon matin, elle fait circuler la coupe parmi les censeurs,
et traîne son ourlet au milieu des bosquets.
Dans le repli de son voile, elle secoue gracieusement son buste
comme on agite des lances.
Elle s’incline vers la branche souple
lorsqu’elle se dresse ou se balance.
Sa blancheur et le teint de sa joue s’épanouissent,
tandis que la couleur de la rose se trouve terrifiée.
Les coupables ont été témoins de son union,
mais son dédain est un poison meurtrier. »
Abû Sa‘îd al-Ḥasan ibn Khâlid (7) ibn al-Mubârak [ibn Mukhṭar] (8) al-Naṣrânî al-Mârdânî, surnommé al-Waḥîd :
Il se consacra dans sa jeunesse à l’étude des sciences anciennes, les maîtrisa et y excella. Il possédait aussi une grande aisance dans la poésie raffinée. Parmi ses vers – puisse Dieu le tuer – on cite :
[Du mètre al-ṭawîl] :
« J’ai reçu une lettre tracée de ces doigts
qui recelaient des mers dont l’abondance abreuve la mer (9). »