Elle la remit donc aux dévots qui résidaient en ce lieu. Elle était la fille de leur imam et de celui qui dirigeait leur prière, si bien qu’ils se disputèrent à son sujet. Il semble qu’elle ne leur ait été confiée qu’après avoir été allaitée et après avoir bénéficié d’une prise en charge semblable à celle dont on fait preuve pour une nourrisson en bas âge. Puis, lorsqu’elle leur fut remise, ils se disputèrent pour savoir qui assumerait sa tutelle. À cette époque, leur prophète était Zacharie, qui désirait la prendre en charge à lui seul, car son épouse était soit la sœur, soit la tante de cette enfant, selon deux opinions rapportées. Ils lui contestèrent ce droit et exigèrent qu’il procédât avec eux à un tirage au sort. Le destin lui fut favorable : son nom sortit vainqueur, d’autant plus que la tante est considérée comme équivalente à la mère.
Dieu, exalté soit-Il, a dit : « Et c’est ainsi que Zacharie assura sa tutelle » – c’est-à-dire à cause de sa victoire dans le tirage au sort. Comme Il dit aussi : « Ceci fait partie des récits inconnaissables que Nous te révélons. Tu n’étais pas là lorsqu’ils jetaient leurs calames pour décider qui prendrait Marie en charge, et tu n’étais pas là lorsqu’ils se disputaient » (Al ‘Imrân, 44).
Ils (1) relatent que chacun d’eux jeta son calame, lequel était reconnu comme lui appartenant. Puis, on prit la fillette et on la plaça dans un endroit, où l’on envoya un jeune garçon qui n’avait pas encore atteint l’âge de responsabilité. Celui-ci tira l’un de ces calames, et il s’avéra être celui de Zacharie (que la paix soit sur lui). Alors, ils demandèrent un second tirage au sort en jetant leurs calames dans le fleuve, de sorte que celui dont le calame remonterait le courant à rebours serait le gagnant (2). Ils procédèrent ainsi, et seul le calame de Zacharie remonta à contre-courant, tandis que les leurs suivaient le fil de l’eau. Ils lui demandèrent ensuite de procéder à un troisième tirage, dont les modalités étaient inverses : celui dont le calame suivrait le courant de l’eau pendant que les autres remonteraient à contre-courant (3) l’emporterait. Ils y consentirent et Zacharie (que la paix soit sur lui) sortit de nouveau vainqueur. C’est ainsi qu’il prit Marie en charge, car il y avait plus de raisons, aussi bien d’un point de vue légal que providentiel, qu’il s’en occupe.
Dieu, exalté soit-Il, a dit : « Chaque fois que Zacharie entrait auprès d’elle, dans le sanctuaire, il trouvait près d’elle de la nourriture. Il disait : “Ô Marie, d’où cela te vient-il ?” Elle répondait : “Cela me vient de Dieu, car Dieu attribue Ses dons à qui Il veut sans compter.” » (Al ‘Imrân, 37). Selon les exégètes, Zacharie lui avait aménagé un lieu élevé au sein du sanctuaire, où nul autre qu’elle n’entrait. Elle y adorait Dieu et assurait, lorsque c’était son tour, le service du Lieu saint. Elle se consacrait à l’adoration nuit et jour, au point que son exemple fut cité parmi les fils d’Israël pour sa piété. Elle se fit connaître par les faveurs prodigieuses et les qualités édifiantes qui se manifestaient chez elle. Ainsi, chaque fois que le prophète Zacharie (que la paix soit sur lui) pénétrait dans son oratoire, il trouvait auprès d’elle une subsistance insolite à cette époque de l’année : des fruits d’été en hiver, et des fruits d’hiver en été (4). Il lui demandait : « D’où te vient cela ? » et elle répondait : « Cela me vient de Dieu. » C’est-à-dire que Dieu me l’a accordé, car Il accorde à qui Il veut sans compter. C’est alors que Zacharie, voyant cela, nourrit l’espoir que Dieu lui accorderait une descendance, même s’il était lui-même déjà âgé et avancé en ans, et il dit : « Seigneur, fais-moi don, de Ta part, d’une bonne descendance. Tu es Celui qui exauce la prière » (Al ‘Imrân, 38).
Certains expliquent (5) qu’il se serait exclamé : « Ô Toi qui accordes à Marie des fruits hors de leur saison, accorde-moi une descendance, même si je ne suis plus en âge d’en avoir. » On sait ce qu’il advint ensuite de son histoire, déjà évoquée précédemment dans son récit.