Lorsqu’il arriva à Damas, il récitait le hadith après la prière du vendredi sous le portique des hanbalites dans la Grande Mosquée de Damas, et les gens (1) se rassemblèrent autour de lui (2). Il était d’un cœur sensible, prompt à verser des larmes, si bien qu’il fut largement accepté par la population. Cela suscita la jalousie des Banû al-Zakî, d’al-Doûla‘î, des notables chaféites (3) et de certains hanbalites damascènes (4). Ils dépêchèrent alors al-Nâsiḥ al-Ḥanbalî (5), qui parla sous la coupole dite «du Vautour» (Qubbat al-Nasr), en élevant la voix autant que possible afin de créer la confusion. C’est pourquoi ‘Abd al-Ghanî déplaça son cours à l’issue de la prière de l’après-midi (‘asr). Un jour, il exposa sa croyance en chaire, alors le juge Muḥy ad-Dîn b. az-Zakî (6) et Ḍiyâ’ ad-Dîn ad-Doûla‘î se dressèrent contre lui. Ils tinrent pour lui une assemblée à la Citadelle (7) le lundi 24 dhu l-qa‘da de l’an 595. Ils le questionnèrent au sujet de l’élévation (al-‘uluw), de la descente (an-nuzûl) et de la question des lettres et de la voix, et la discussion s’éternisa. Il triompha par l’argumentation. Alors Buzaghsh, vice-gouverneur de la Citadelle, lui dit: «Tous ceux-là seraient dans l’égarement et toi, tu serais dans la vérité?» Il répondit: «Oui.» Buzaghsh s’emporta et ordonna qu’il soit chassé de la ville. Après trois jours, ‘Abd al-Ghanî partit pour Baalbek, puis se rendit en Égypte (8). Là, les meuniers (aṭ-ṭaḥḥânûn) l’hébergèrent, et il y commentait le hadith. Les juristes d’Égypte s’opposèrent aussi à lui et écrivirent au vizir Ṣafî ad-Dîn Ibn Shukr, qui (9) ordonna son exil au Maghreb. Il mourut toutefois avant que la lettre n’arrive, un lundi 23 rabî‘ al-awwal de cette même année, à l’âge de cinquante-neuf (10) ans. Il fut inhumé à al-Qarâfa, près du cheikh Abû ‘Umar Ibn Marzûq – qu’Allah leur fasse miséricorde.
Al-Sibt (11) (12) déclare: ‘Abd al-Ghanî était un homme pieux, ascète et dévot; il accomplissait trois cents rak‘a de prière chaque jour, à l’exemple de l’imam Aḥmad, veillait la nuit et jeûnait la majeure partie de l’année. Il était généreux, ne conservait rien et donnait secrètement l’aumône aux veuves et aux orphelins. Il rapiéçait ses vêtements et préférait [consacrer le prix d’un habit neuf] (13) aux bonnes œuvres. Sa vue avait faibli à force d’étudier et de pleurer, et il fut l’ultime référent de son époque en matière de science du hadith et de mémorisation.