Cinquante-six et six cents, comme il sera expliqué, si Dieu le veut, en son lieu. Et Dieu – qu’Il soit exalté – sait mieux. Puis débuta l’année six cents de l’Hégire prophétique.
En cette année, les Francs avaient réuni nombre des leurs pour reprendre Jérusalem des mains des musulmans, selon leurs prétentions. Mais Dieu les détourna de ce dessein par le combat contre les Byzantins. En effet, ils passèrent par Constantinople sur leur route et la trouvèrent déchirée par la discorde entre ses rois. Ils l’assiégèrent, la prirent de force et la livrèrent au pillage pendant trois jours, commettant des massacres et capturant la population. Plus d’un quart de la ville fut incendié. Après ces trois jours, il ne resta aucun Byzantin qui ne fût tué, appauvri, enchaîné ou fait prisonnier. La majorité de ceux qui subsistaient encore trouva refuge dans la grande église appelée Sainte-Sophie. Les Francs s’y rendirent et les prêtres sortirent à leur rencontre avec les Évangiles, afin de les implorer en leur récitant leurs contenus, mais ils n’écoutèrent rien de ce qui leur fut présenté. Au contraire, ils les massacrèrent tous, sans exception, et s’emparèrent de tout ce qui se trouvait dans l’église : bijoux, trésors, richesses incalculables, ainsi que les parures ornant les croix et les murs.
Louange à Dieu, le Miséricordieux, le Clément, Celui dont la volonté s’accomplit inévitablement, et dont ce qu’Il n’a pas voulu ne saurait advenir. Puis les rois des Francs, au nombre de trois – Doukas de Venise (un vieil homme aveugle dont on guidait la monture), le marquis des Français et Cund de Flandre, le plus puissant en hommes et en armes – tirèrent au sort. Celui-ci tomba trois fois de suite sur Cund, et ils le désignèrent roi de Constantinople, tandis que les deux autres se partagèrent quelques contrées. Ainsi, la souveraineté passa des Byzantins aux Francs à Constantinople en cette même année. « Dis : Ô Dieu, Maître de la royauté, Tu donnes la royauté à qui Tu veux » (Coran 3:26).
Il ne resta plus aux Byzantins, dans cette région, que la partie située au-delà du golfe, saisie par l’un des leurs appelé Lachkri, qui demeura maître de cette contrée jusqu’à sa mort, – que Dieu le maudisse.