Le fait pour une personne de parcourir les horizons lui apporte des vertus qu’elle ne possédait pas dans sa patrie. Ne vois-tu pas que le pion (au jeu d’échecs) gagne, grâce à ses déplacements, une valeur supérieure à son propre rang ?
La vénérable Dame Banafshâ bint ‘Abd Allâh, affranchie d’al-Mustadî’, était l’une de ses plus proches favorites. Après sa mort, elle devint l’une des femmes les plus charitables et bienfaisantes, prodiguant ses aumônes aux savants et aux pauvres. Elle bénéficiait d’une réputation importante sur la route du Ḥijâz et consacra aux hanbalites une école ainsi que des biens de waqf abondants. Elle fut inhumée dans le cimetière qui lui appartenait à Bagdad, près du tombeau de Ma‘rûf al-Karkhî.
Ibn al-Muḥtasib, le poète Abû al-Shukr Maḥmûd ibn Sulaymân ibn Sa‘îd al-Mawṣilî, connu sous le nom d’Ibn al-Muḥtasib, étudia le fiqh à Bagdad, puis voyagea dans différents pays. Il accompagna Ibn al-Shahrazûrî et revint à ses côtés. Lorsque celui-ci fut nommé juge de Bagdad, il lui confia la supervision des fondations de la Niẓâmiyya. Personnage érudit, il composait une poésie raffinée dont voici un extrait (sur la métrique dite « al-munṣariḥ ») :
« Accorde-nous, dans le pur jus du raisin, tout l’or que tu détiens.
Et engage-toi avec l’âme dans un marché
où s’investit ce que nous possédons comme biens.
Toute la monnaie de la bourse, l’homme sensé la trouve dérisoire
devant la saveur de sa salive.
Surtout si elle t’apparaît resplendissante comme l’or,
parée d’un collier de perles.
Elle brûle la main de celui qui fait circuler la coupe,
si la ronde s’arrête une heure dans la fournaise.
Quand elle se montre, [elle] ne s’empare pas de l’ouïe
avec la simple douceur du divertissement et du jeu. »