Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il était un Turc pieux et ascétique. À l’heure précédant l’aube, il entendit le muezzin chanter depuis le minaret (1) – d’un fragment du mètre « ar-Raml » :

« Ô hommes de la nuit, redoublez d’efforts… Peut-être qu’une voix ne sera pas repoussée.
Nul ne se lève pour la prière nocturne si ce n’est… celui qui possède détermination et persévérance. »

Il se mit alors à pleurer amèrement et dit au muezzin : « Ô muezzin, ajoute encore ! » Le muezzin poursuivit :

« La nuit s’en est allée et s’est évanouie… et mon Bien-Aimé s’est manifesté. » (2)

Il poussa alors un grand cri qui causa sa mort (3). Au matin, les habitants de la ville se rassemblèrent devant sa porte, et heureux fut celui (4) qui parvint jusqu’à son cercueil. Que Dieu lui fasse miséricorde et honore sa dernière demeure.

Abou Mansour ben Abou Bakr (5) ben Chouja‘, originaire de la région de “al-Muzakallach” à Bagdad et connu sous le nom d’Ibn Nouqta, parcourait les marchés de Bagdad durant la journée en déclamant des histoires (« kâna wa kâna ») et des poèmes de type « mawâliyâ ». Pendant les nuits de Ramadan, il appelait les gens au « souhour ». Il était doué, plaisant et sans contrainte. Son frère, le cheikh ‘Abd al-Ghani (6) l’ascète, faisait partie des grands dévots. Il possédait une retraite spirituelle à Bagdad, que l’on visitait, et il avait des disciples et adeptes. Il ne conservait rien de ce qu’il recevait comme aumône : une nuit, il donna mille dinars en aumône pendant que ses compagnons jeûnaient, sans rien réserver pour leur repas du soir (7).

La mère du calife lui donna en mariage une servante de ses proches, avec un trousseau de dix mille dinars. À la fin de l’année, il ne leur en restait plus rien (8) excepté un mortier. Un mendiant se présenta à sa porte et insista (9). Alors il lui tendit le mortier en disant : « Prends ceci, tu en vivras pendant trente jours, ne tends pas la main aux gens, et ne déshonore pas Dieu (– glorifié soit Sa majesté –). » (10) C’était l’un des meilleurs parmi les pieux.

On dit (11) un jour à son frère Abou Mansour : « Malheur à toi ! Tu parcours les marchés en chantant des poèmes, alors que ton frère est un homme tel que nous le connaissons ! » Il composa aussitôt deux vers de mawâliyâ (12), de son inspiration spontanée, en guise de réponse :

(1) Le rapport et les vers se trouvent en note en bas des « Rawḍatayn » (28). (2) Édition : « Takhalla ». (3) N'existe pas dans B. (4) Édition : « minhum ». (5) Sa biographie se trouve dans « Mirʾāt al-Zamān » (8/509), dans la note en bas des « Rawḍatayn » (28) et dans « Tārīkh al-Islām » (12/1129-1130). (6) Abū Shāma a dit : ʿAbd al-Ghanī ibn Abī Bakr ibn Shujāʿ ibn Nuqṭa était un dīn noble et généreux. Il est décédé en 553. Note en bas des « Rawḍatayn » (28). (7) A, B : « wa-lā ʿāshāʾ » (« et pas de prière du ʿichāʾ »). (8) Puis, dans A, B : « bal jamīʿ dhālik yuwwattar bihi wa-yataṣaddaqu bihi ḥattā lam yabqa ʿindahum » (« mais tout cela est rendu impaire par lui et donné en aumône jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien chez eux »). (9) A, B : « falḥ ». (10) Édition : « hādhā ar-rajul min » (« cet homme est de »). (11) Édition : « qāla » (« il a dit »). (12) Les deux vers sont en note en bas des « Rawḍatayn » (28).
كان تركيًا عابدًا زاهدًا، سمع المؤذن وقت السحر وهو ينشد على المنارة (١) : [من مجزوء الرمل] يا رِجالَ اللَّيْلِ جدُّوا … رُبَّ صَوْتٍ لا يُرَدُّ ما يَقومُ اللَّيْلَ إِلَّا … مَنْ لَهُ عَزْمٌ وجدُّ فبكى مكلبة، وقال للمؤذن: يا مؤذن زدني، فقال المؤذن: قَدْ مَضَى اللَّيْلُ وَوَلَّى … وَحَبِيبي قَد تَجَلَّى (٢) فصرخ مكلبة صرخة كان فيها حتفه (٣) ، فأصبح أهل البلد قد اجتمعوا على بابه، فالسعيد فيهم (٤) من وصل إِلى نعشه رحمه الله تعالى وأكرم مثواه. أبو منصور بن أبي بكر (٥) بن شجاع: المزكلش ببغداد ويعرف بابن نقطة. كان يدور في أسواق بغداد بالنهار، ينشد كان وكان، والمواليا، ويُسحّر الناس في ليالي رمضان، وكان مطبوعًا ظريفًا خليعًا، وكان أخوه الشيخ عبد الغني (٦) الزاهد من أكابر الصالحين، له زاوية ببغداد، ويُزار فيها، وكان له أتباع ومريدون، ولا يدّخر شيئًا يحصل له من الفتوح، تصدَّق في ليلة بألف دينار وأصحابه صيام، لم يدخر منها شيئًا لعشائهم (٧) وزوَّجَتْهُ أُمُّ الخليفة بجارية من خواصها وجهزتها بعشرة آلاف دينار إِليه، فما حال الحول وعندهم من ذلك شيء (٨) سوى هاون، فوقف سائل ببابه فألح (٩) في الطلب على الباب، فأخرج إِليه الهاون فقال: خذ هذا وكل به ثلاثين يومًا، ولا تسأل الناس، ولا تُشَنِّع على الله (عز وجل) ، وكان (١٠) من خيار الصالحين، والمقصود أنه قيل (١١) لأخيه أبي منصور هذا: ويحك أنت تدور في الأسواق وتنشد الأشعار وأخوك مَنْ قد عرفتَ؟ فأنشأ يقول في جواب ذلك بيتين مواليا من شعره على البديهة (١٢) : [من المواليا]
(١) الخبر والأبيات في ذيل الروضتين (٢٨). (٢) ط: تخلا. (٣) ليس في ب. (٤) ط: منهم. (٥) ترجمته في مرآة الزمان (٨/ ٥٠٩) وذيل الروضتين (٢٨) وتاريخ الإسلام (١٢/ ١١٢٩ - ١١٣٠). (٦) قال أبو شامة: عبد الغني بن أبي بكر بن شجاع بن نقطة كان دينًا جوادًا سمحًا. توفي سنة ٥٥٣، ذيل الروضتين (٢٨). (٧) أ، ب: ولا عشاء. (٨) بعدها في أ، ب: بل جميع ذلك يوتر به ويتصدق به حتى لم يبق عندهم. (٩) أ، ب: فلح. (١٠) ط: هذا الرجل من. (١١) ط: قال. (١٢) البيتان في ذيل الروضتين (٢٨).

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