Au sujet de ce sur quoi ils s’étaient mis d’accord (1), il envoya une armée en renfort à son illustre fils ʿĪsā à Damas (2). Celle‐ci y arriva avant l’arrivée d’al-Ẓāhir et de son frère al-Afḍal. Ces derniers atteignirent la ville au mois de Dhū al-Qaʿda, en provenance de la région de Baalbek, et ils installèrent leur armée non loin de la Mosquée al-Qadam (3). Le siège de la ville s’intensifia, et une partie importante de l’armée escalada les remparts du côté de Khān al-Qadam. La prise de la ville était quasiment acquise, sans l’assaut de la nuit.
Puis al-Ẓāhir revint sur l’engagement qu’il avait pris auprès de son frère au sujet du fait que Damas (4) devait revenir à al-Afḍal. Il estima qu’elle devait d’abord être sienne, puis qu’al-Afḍal prendrait ensuite possession de l’Égypte une fois celle‐ci conquise. Il adressa une proposition en ce sens à son frère, qui la refusa. Tous deux divergèrent et leur alliance éclata. Ils se disputèrent le pouvoir à Damas, et leurs émirs se dispersèrent. Des missives furent envoyées à al-ʿĀdil pour conclure la paix. Celui-ci accepta ce qu’ils demandaient, et il augmenta même leurs iqṭāʿs (6) de quelques territoires de la Jazīra et d’une partie des terres dépendant de Maʿarrat al-Nuʿmān. Les armées se retirèrent alors de Damas (7) au mois de Muḥarram de l’an 598, et chacun des deux rois se rendit pour prendre possession des contrées (8) qui lui avaient été attribuées. De nombreux événements s’ensuivirent, trop longs à détailler.
Al-Ẓāhir et son frère avaient écrit au souverain de Mossoul, Nūr al-Dīn Arslan al-Atābakī, pour qu’il assiège les villes de la Jazīra tenues par leur oncle al-ʿĀdil. Celui-ci se mit en campagne avec son armée et envoya un message à son cousin Quṭb al-Dīn, souverain de Sinjār. Ils furent rejoints par le seigneur de Māridīn, que l’oncle, al-ʿĀdil, avait déjà assiégé et contraint pendant une longue période. Les troupes prirent alors pour cible Ḥarrān, où se trouvait al-Fāʾiz, fils d’al-ʿĀdil, et l’assiégèrent un certain temps. Lorsque la nouvelle de la conclusion de la paix entre al-ʿĀdil et ses neveux al-Ẓāhir et al-Afḍal leur parvint, ils optèrent à leur tour pour une réconciliation (9), après qu’al-Fāʾiz leur eut demandé d’y consentir. Les affaires s’arrangèrent et revinrent à l’état où elles se trouvaient auparavant, grâce à Dieu, digne de louange et de bienfaits.
[La même année] (10), Ghiyāth al-Dīn et son frère Shihāb al-Dīn, tous deux de la dynastie ghuride, s’emparèrent de tout (11) ce que possédait le Khwārazm-Shāh en matière de territoires, de ravitaillements et de richesses. Ils furent mêlés (12) à de nombreux autres événements de grande envergure.