«Et je suis certes riche de pudeur et de chasteté (1)… même si je ne détiens pas de grandes sommes d’argent (2).
Le Qâdî (3) al-Fâdhil : l’imam, l’éminent savant, le maître des orateurs les plus éloquents, Abû ‘Alî ‘Abd ar-Rahîm, fils du Qâdî al-Ashraf Abû al-Majd ‘Alî ibn al-Hasan ibn al-Baysânî (4), le très digne al-Qâdî al-Fâdhil.
Son père (5) était juge à ‘Asqalân. Il envoya son fils, sous l’État fâtimide, vers les territoires égyptiens. Là, il se consacra à la rédaction des écrits officiels auprès du shaykh Abû al-Fath ibn Qâdûs (6) et d’autres, surpassant ainsi les gens du pays jusqu’à Bagdad, à l’est comme à l’ouest, de près comme de loin. Il n’eut aucun égal ni soutien à son époque, et nul après lui jusqu’à aujourd’hui [ni semblable ni concurrent ni équivalent] (7).
Lorsque le roi Salâh ad-Dîn [s’établit dans les terres d’Égypte] (8), il le nomma son scribe, son compagnon, son vizir, son conseiller, son convive et son confident. (9) Il lui était plus cher que sa propre famille et ses enfants, et plus estimé que ses biens nouveaux ou anciens. Ils unissaient leurs efforts jusqu’à la conquête des contrées [pays, forteresses et bastions] (10) : l’un par son épée et sa lance, l’autre par sa langue (11), sa plume et son éloquence.
Bien que le Qâdî al-Fâdhil disposât de richesses, d’influence et d’autorité, il multipliait les aumônes, les dons, les jeûnes et les prières. (12) Chaque jour et chaque nuit, il achevait une lecture complète du Coran, à laquelle il ajoutait encore des prières surérogatoires. Il était tendre de cœur, exemplaire dans sa conduite, pur de cœur et d’intention. Il possédait, dans les terres d’Égypte, une école enseignant selon les rites shâfi‘ite et mâlikite, et avait institué des fondations pieuses pour libérer les captifs tombés aux mains des chrétiens. Il réunit près de cent mille livres, chose dont ne se réjouit point un ministre, un savant, ni un roi [ni un secrétaire] (13).
[Il naquit] (14) l’an trente-deux. »