Son autorité n’est pas valable, car il a été imposé(1). À ce moment-là, il convoqua les émirs et les invita à lui prêter serment d’allégeance. Ils refusèrent, alors il les incita et les effraya. Parmi les propos qu’il tint, il déclara : « Vous avez entendu ce qu’ont décidé les savants, les imams et les juristes. Vous savez que les frontières des musulmans ne sont pas défendues par de jeunes enfants, mais bel et bien par de grands rois(2). » Ils se soumirent alors et lui prêtèrent serment, puis, après lui, à son fils al-Kâmil. Les prédicateurs le proclamèrent ainsi après le calife pour tous deux, on frappa la monnaie en leur nom, et Damas fut attribuée à al-Muʿaẓẓam ʿĪsā ibn al-ʿĀdil, [tandis que l’Égypte revint à al-Kâmil](3).
Au mois de Chawwâl, l’émir Falak [al-Dîn Abû Manṣûr Sulaymân ibn Sharwa](4) ibn Jundar revint à Damas. Il était le frère du sultan al-ʿĀdil du côté maternel et le fondateur de la madrasa al-Falakiyya à l’intérieur de la porte al-Farâdis, où il fut inhumé. Il y demeura honoré et magnifié jusqu’à sa mort – que Dieu lui fasse miséricorde – cette même année.
[Cette année-là](5) et celle qui suivit, l’Égypte subit une terrible flambée des prix, ce qui causa la mort(6) aussi bien des riches que des pauvres, [et la détresse toucha les grands comme les petits](7). Ses habitants fuirent vers la Syrie, dont seules de rares foules parvinrent à atteindre les abords. Sur les routes, les Francs les attaquaient, les trompaient et les dépouillaient en échange de maigres provisions. En revanche, l’Irak jouissait d’une abondance à bon marché, procurant aisance et bien-être. À Dieu seul revient la décision et la sagesse, matin et soir.
Ibn al-Sâʿî déclare dans son « Histoire » : « Cette année-là, un coq pondit un œuf à Bagdad. J’ai interrogé(8) plusieurs personnes à ce sujet, et elles me l’ont confirmé. »
Parmi les notables décédés cette même année, on compte le sultan ʿAlâʾ al-Dîn Khwârazm Shâh(9), fils de Tekish, fils d’Alp Arslan(10) ibn Atsnar, issu de la lignée de Ṭâhir ibn al-Ḥusayn.