Le Qādī al-Qudāt (juge suprême) de Bagdad, après Ibn al-Bukhārī (1), appartenait à l’école shafi‘ite (2). Il avait étudié auprès d’Abū al-Ḥasan Ibn al-Khall et d’autres. Il fut investi des charges de la magistrature et de l’office de prédicateur à La Mecque – qu’Allâh la glorifie –, dont il était originaire. Cependant, il se rendit à Bagdad, où il obtint ce qu’il obtint, et son affaire y arriva à ce qu’elle arriva. Par la suite, il fut révoqué de la magistrature à cause d’un acte rédigé contre lui, dont on dit qu’il aurait été falsifié. Allâh seul sait la vérité à ce sujet. Il demeura alors chez lui jusqu’à sa mort – qu’Allâh lui fasse miséricorde.
Le shaykh Jamāl al-Dīn Abū al-Qāsim Yaḥyā ibn ‘Alī ibn al-Faḍl ibn Hibat Allâh ibn Baraka ibn Faḍlān (5) était le maître des shafi‘ites à Bagdad. Il commença son apprentissage auprès de Sa‘īd ibn Muḥammad al-Razzāz (6), professeur à la Niẓāmiyya. Puis il se rendit au Khorassan, où il étudia auprès du shaykh Muḥammad al-Zubaydī, l’élève d’al-Ghazālī. À son retour à Bagdad, il avait acquis la maîtrise des débats, ainsi que des deux fondements (uṣūl al-fiqh et uṣūl al-dīn). Il prit la tête des gens de Bagdad, et les étudiants comme les juristes bénéficièrent de son enseignement. On bâtit pour lui une madrasa où il dispensa ses cours. Son renom s’étendit au loin, et il compta de nombreux disciples. Il récitait souvent le Coran, diffusait le ḥadīth et était un homme d’un caractère plaisant, doux et spirituel. Parmi ses vers, on trouve (7) :
[de la mesure at-ṭawīl]
« Et si tu désires les demeures des nobles,
Alors sois prompt à secourir et à être équitable.
Si un injuste s’en prend à toi, laisse-le,
Car le temps saura lui rendre la pareille. »
Puis arriva l’année cinq cent quatre-vingt-seize (de l’hégire) [596], dont le début (8) vit le roi al-Afḍal, à la tête de l’armée égyptienne, assiéger Damas, tenue par son oncle al-‘Ādil (9). Il en coupa l’approvisionnement en eau et en vivres, si bien qu’on n’y trouvait plus ni pain ni eau, sinon en faible quantité. La situation s’éternisa et ils creusèrent un fossé reliant la région d’al-Lawwān à celle de Yalda (10), de peur que l’armée de Damas ne puisse les rejoindre. Puis l’hiver arriva, et les pluies comme la boue se multiplièrent. C’est alors que