Au cours de cette même année, (1) une discorde éclata à Damas au sujet du spécialiste du hadith ‘Abd al-Ghani al-Maqdisi. Celui-ci s’exprimait dans la maqṣūra (tribune) des hanbalites à la mosquée des Omeyyades et aborda un jour une question doctrinale. Le juge Muḥyī al-Dīn ibn al-Zakī ainsi que Ḍiyā’ al-Dīn al-Khaṭīb al-Dawla‘ī se rendirent auprès du sultan al-Mu‘aẓẓam, en compagnie de l’émir Ṣāram al-Dīn Bazghash, et un conseil fut convoqué à propos de la question de l’élévation sur le Trône, de la « descente », de la lettre et de la voix. An-Najm al-Ḥanbalī s’accorda avec le reste des jurisconsultes, tandis que le ḥāfiẓ (exégète) resta ferme sur ses positions et refusa de revenir sur ce qu’il disait. Les autres fuqahā’ (savants juristes) se rassemblèrent contre lui et le contraignirent à souscrire à des points jugés répréhensibles, ce qu’il refusa.
L’émir Bazghash lui dit alors : « Tous ceux-ci seraient dans l’erreur et toi seul tu serais dans le vrai ? » Il répondit : « Oui. » L’émir, mécontent, ordonna alors son bannissement de la ville. (2) Il obtint un sursis de trois jours, et Bazghash envoya les prisonniers de la citadelle qui saccagèrent la chaire (minbar) du ḥāfiẓ (3). Ce jour-là, la prière de ẓuhr (midi) fut interrompue dans la niche (miḥrāb) des hanbalites, et les trésors et les coffres qui s’y trouvaient furent sortis. Il y eut un grand tumulte – que Dieu nous préserve des tentations, apparentes et dissimulées. Le conseil eut lieu le lundi 24 dhū l-ḥijja. Le ḥāfiẓ ‘Abd al-Ghani partit pour Baalbek, puis se rendit en Égypte (4), où les meuniers (5) l’accueillirent, eurent pitié de lui et l’honorèrent.
Parmi les notables décédés au cours de cette même année (6), figure l’émir éminent (7) Mujāhid al-Dīn Qāymāz (8) ar-Rūmī (9), gouverneur de Mossoul et qui exerça son autorité sur son royaume à l’époque du fils de son maître Nūr al-Dīn Arslān. Il était doué de raison, perspicace, et jurisconsulte hanafite – ou, selon certains, shāfi‘ite – et connaissait par cœur une vaste partie de l’histoire et des anecdotes. Il construisit plusieurs mosquées, écoles, ribāṭs (couvents) et khāns (caravansérails), et fit de nombreuses aumônes en continu. Ibn al-Athīr (11) dit de lui : « Il était au rang des merveilles du monde. »
Quant à Abū l-Ḥasan Muḥammad ibn Ja‘far ibn Aḥmad ibn Muḥammad ibn ‘Abd al-‘Azīz ibn Ismā‘īl ibn ‘Alī ibn Sulaymān ibn Ya‘qūb ibn Ibrāhīm ibn Muḥammad ibn Ismā‘īl ibn ‘Alī ibn ‘Abd Allāh ibn al-‘Abbās al-Hāshimī (12), il décéda également cette année-là.