Pour cette raison, le cœur d’al-Rāzī s’est imprégné d’une aversion à l’égard des Karrāmiyya. En effet, il ne cesse de parler d’eux dans ses propos, en tout lieu et à tout moment, chaque fois que se lève la brise.
Et cette année-là, [la faveur fut accordée au shaykh Jamāl al-Dīn], Abū al-Faraj ibn al-Jawzī, maître des prédicateurs [de son époque et au-delà]. Il avait été envoyé de Bagdad à Wāsiṭ, où il demeura cinq ans. Les habitants de cette ville en tirèrent profit [et étudièrent auprès de lui], en bénéficiant grandement de son enseignement. Lorsqu’il revint à Bagdad, le calife lui fit l’honneur d’une robe d’apparat et l’autorisa, comme à son habitude, à s’asseoir près de la tombe noble attenante à celle de Maʿrūf. Le rassemblement s’y fit alors très nombreux [et le calife y assista]. Il se mit à exprimer des reproches et, ce jour-là, il déclama pour le calife :
[du mètre as-sarīʿ]
« Ne laisse pas le jardin que tu as édifié
se dessécher alors que l’averse de tes bienfaits déjà l’a irrigué.
Ne brise pas l’arc que toi-même as armé ;
il ne sied pas à l’architecte de la gloire d’anéantir son œuvre.
Si j’ai commis un tort relevant de son inviolabilité,
accorde dorénavant ton pardon et remets ce qui est passé.
J’espérais jadis de toi la réalisation de mes vœux ;
aujourd’hui, je ne cherche rien d’autre que ton agrément. »
Il déclama aussi ce jour-là [du mètre al-wāfir] :
« Longtemps, nous avons souffert de la séparation ; mais lorsque nous nous sommes rejoints,
on eût dit que nous n’avions jamais connu la souffrance.
Nous nous sommes indignés, lorsque les jours nous ont infligé leur lot de maux ;
ils persistèrent pourtant, jusqu’à ce que nous nous résignions.
Quant à celui qui ne connaît pas de renaissance après la mort ne fût-ce qu’un jour,
voici que, pour nous, après être morts, nous sommes revenus à la vie. »
Cette même année, le calife an-Nāṣir convoqua le juge de Mossoul, Ḍiyā’ al-Dīn al-Shahrazūrī, et le désigna comme juge suprême (qāḍī al-quḍāt) de Bagdad.