En cette même année :
(1) Les Khazars s’emparèrent de la ville de Balkh et vainquirent al-Ḥaẓẓā (2), qu’ils dominèrent et mirent en déroute. Ils nourrissaient alors l’espoir que l’envoi du calife auprès d’eux empêcherait le Khwârazm Shâh de pénétrer en Irak, car ce dernier ambitionnait que le prêche du vendredi (khuṭba) soit prononcé en son nom à Bagdad.
Durant cette même année, Khwârazm Shâh assiégea la ville de Boukhârâ et la conquit après un certain temps. Elle s’était longtemps refusée à lui et avait reçu le soutien d’al-Ḥaẓẓâ (4). Il vainquit finalement tous ses opposants et s’empara de la ville (5) de force, puis il épargna ses habitants et leur accorda son pardon (6). Ceux-ci avaient pourtant affublé d’un qabâ’ (robe) un chien borgne qu’ils appelèrent « Khwârazm Shâh » puis l’expédièrent à la catapulte chez les Khwârazmiens en disant : « Voilà votre roi ! » Or Khwârazm Shâh était effectivement borgne. Lorsqu’il les vainquit (7), il les gracia. Qu’Allâh le récompense et lui accorde le bien.
Parmi les notables décédés cette année-là, on compte al-ʿAwâm ibn Zubâda (8), qui était le secrétaire (kâtib al-inshâ’) à la cour califale. Il s’agit d’Abû Tâlib Yaḥyâ ibn Saʿîd ibn Hibat Allâh ibn Ziāda [Qawâm ad-Dîn] (9). La direction des affaires de la correspondance, de la rédaction et de l’éloquence en son temps en Irak lui incombait. Outre cela, il possédait de nombreuses connaissances, notamment en fiqh selon l’école shâfiʿite, qu’il avait étudié auprès d’Ibn Faḍlân (10). Il maîtrisait également les fondements (uṣûl), le calcul et la langue, et composa une poésie fort appréciée. Il exerça plusieurs fonctions dans lesquelles il fut unanimement loué.
Parmi ses vers les plus remarquables, on lit :
« Ne méprise jamais un ennemi que tu juges insignifiant : car maintes fois le destin renverse, par jeu, celui qui se croyait solide.
Voici le soleil, dans toute son imposante splendeur, que pourtant l’éclipse frappe à la tête comme à la queue. »